Après
leur travail pour la MGM dans Hollywood Party,
les studios Disney réalisent, pour une seconde et dernière fois, une
séquence d'animation inédite pour un long-métrage d'un concurrent, ici, en
la personne morale de la Fox.
Le film Entrée de service (Servants'
Entrance) sort, en effet, le 26 septembre 1934, quelques mois après
celui de la MGM. Adaptation d'un roman norvégien signé de l'auteur à succès
Sigrid Boo, il a pour actrice principale Janet Gaynor qui incarne Hedda
tandis que son alter égo masculin est assumé par Lew Ayres dans le rôle du
petit ami, chauffeur de son état. Le long-métrage est une comédie romantique
mêlant romance et humour. Difficile toutefois de juger le film dans son
ensemble puisqu'il demeure introuvable aujourd'hui. Non disponible en vidéo,
il n'a jamais, il est vrai, été diffusé à la télévision, ni même fait
l'objet d'une quelconque restauration. Quelques unes de ses copies
subsistent toutefois dans de rares collections privées et dans le centre
d'archives cinématographiques de l'Université de Californie de Los Angeles.
La Critique de l'époque le juge plaisant et salue la qualité du jeu de Janet
Gaynor. Le film déboule dans les salles obscures en France en 1935 sous le
titre d'Entrée de service, bien que des noms secondaires
circulent également comme Par l'entrée de service ou Entrée des
employés.

Entrée de service (Servants'
Entrance) ne constitue pas la première apparition de Walt Disney au
générique d'un film de la Fox. My Lips Betray sorti le 4
novembre 1933, comporte, en effet, une séquence futuriste, dans laquelle un
extrait du cartoon de Mickey, Ye Olden Days, s'invite sur un
écran de télévision (un appareil alors totalement avant-gardiste à l'époque
!). Cette collaboration avec la Fox reste toutefois quantité négligeable
puisque Walt Disney ne fournit là aucun travail spécifique mais se
contente de mettre à disposition indirecte une de ses œuvres, intégrée manu
militari dans un film dont elle n'est qu'un simple artifice. La démarche est
tout autre pour Entrée de service. Les studios aux grandes
oreilles produisent, il est vrai, une séquence inédite avec des personnages
créés spécialement pour l'occasion. L'ambition est toutefois bien moindre de
celle poursuivie pour Hollywood Party.
Le film de la MGM bénéficie, en effet, non seulement de la star Mickey mais
se voit également gratifié d'un cartoon entier, The Hot Choc-Late
Soldiers, filmé en technicolor alors que le reste du long-métrage
est lui en noir et blanc. Ainsi, là où Hollywood Party
est une vraie mise en valeur du savoir-faire de Walt Disney, Entrée de
service se contente lui d'une partie animée bien plus modeste. La
séquence signée du Maitre de l'Animation en devenir se limite à six petites
minutes, tournées en noir et blanc et mêle partie "live" avec des personnages "toons". Elle circule
actuellement sur la toile par la gentillesse d'un collectionneur américain
qui a pris le soin de l'encoder pour la mettre à disposition de tous.

La scène signée de Walt Disney a pour thème un cauchemar d'Hedda dans lequel
des ustensiles et objets anthropomorphiques de cuisine prennent vie et
entreprennent de se venger de ses mauvais traitements. Tout commence ainsi
lorsque un œuf habillé à la façon d'Humpty Dumpty extrait du Conte
de la Mère l'Oie, débarque sur le montant du lit de la jeune fille et
appelle ses amis de la cuisine pour mener sa vengeance. Il dresse ainsi tous
les ustensiles contre elle et décide enfin de la réveiller pour lui
signifier la sentence. Mais c'est sans compter sur le charme de l'ingénue
qui, à force de gentillesse et de persuasion, parvient à retourner la
situation à son avantage et faire changer d'avis tous les objets qui la
menacent. Apaisés, ils retournent, en effet, les uns après les autres,
reprendre leurs places en cuisine. Dernier à quitter la pièce, l'œuf
trébuche au moment de sauter du lit et se fracasse contre le sol. Il libère
alors un poussin qui s'enfuie par la fenêtre et se réfugie dans le jardin.
Toute la séquence est accompagnée d'une chanson interprétée par les
personnages animés.

Si
la technique de mélange "live" et "toon" n'est pas du tout
un coup d'essai pour
Walt Disney, il ne l'avait plus utilisée aussi intensément depuis les
Alice Comedies. Certes, entre
temps, la séquence d'interactions, dans Hollywood Party, de Mickey avec l'acteur Jimmy Durante
bénéficie déjà d'une parfaite maîtrise. Pourtant, celle mise au
point pour Entrée de service est encore plus évoluée. Cette
fois-ci - et c'est alors une grande première pour les studios Disney - ce
sont les personnages animés qui interagissent dans un décor "live" et non
l'inverse. Cette solution attendra d'ailleurs
Coquin de printemps,
en 1947, pour être de nouveau utilisée. Les effets obtenus sont ainsi
bluffants de réalisme, à l'exemple du passage où les ustensiles tombent dans
la cruche d'eau en "live" en provoquant des éclaboussures ou encore du peau
de moutarde qui allume un réveil. L'animation de cette séquence remarquable
est signée du talentueux animateur Art Bobbit assisté de Billy Bletcher qui
donne sa voix à l'œuf et Pinto Colvig au pot de moutarde.

Avec Hollywood Party, Entrée de service est
la deuxième et dernière mission du papa de Mickey pour un concurrent. Le Maître
en devenir se concentre, en effet, bien vite sur son idée de long-métrage
d'animation, réalisé entièrement en interne. Si ses participations pour la Fox
et la MGM ne doivent pas être reniées ou minimisées, elles présentent néanmoins
le désavantage de ne pas appartenir à la Walt Disney Company. Cette situation
est grandement préjudiciable car les deux studios impliqués semblent faire peu
de cas de ces œuvres. Ils ne manifestent à l'évidence pas grand intérêt pour les
sortir de l'oubli dans lequel ils les ont délibérément placées. Hollywood Party n'a eu droit ainsi qu'à une courte
édition en VHS de location en 1992. Entrée de service n'a pas eu
cette chance. Quant à My Lips Betray, seule une copie partielle,
sauvegardée dans l'enceinte des archives de l'Université de Californie de Los
Angeles, a survécu.
A l'exemple d'Hollywood Party, Entrée de service est assurément un film remarquable à plus d'un
titre. Non pour sa qualité intrinsèque, assez pauvre en fait, mais pour sa place
tout à fait particulière dans la filmographie de Disney.