Coquin de
Printemps, 9ème long-métrage Disney, occupe à bien des titres une
place particulière dans la filmographie de la compagnie de Walt. Il est en
effet le seul film où apparaissent ensemble quatre des plus célèbres
personnages de Disney : Mickey, Donald, Dingo et Jiminy Cricket. Compilation
composée de plusieurs segments mêlant du "live" et de l'animation, il
reprend aussi la formule de production inaugurée avec
Saludos amigos, puis reprise dans
Les
trois Caballeros et La boite à musique, tout en limitant le
nombre de ses séquences à seulement deux moyens-métrages.

Chacune d'elle était, en fait, prévue à l'origine pour devenir des
longs-métrages. Mais les circonstances de l'époque en ont changé la
destinée. La seconde guerre mondiale et son incidence financière pour les
studios ont, en effet, eu raison de la capacité de Disney à mener à terme
son projet initial. Au lendemain du conflit, Walt Disney reprend donc le
chantier des deux films et décide de les combiner, avant tout pour une
question de rentabilité, en une seule production. Il a ainsi l'idée de les
lier par l'intervention d'un narrateur qu'il emprunte à Pinocchio, en la
personne de Jiminy Cricket. Ce sera d'ailleurs la seule fois du vivant de
Walt qu'un personnage d'un autre de ses longs-métrages sera ainsi utilisé.
La filiation avec Pinocchio ne s'arrête pas, il est vrai, à la seule
présence de la fameuse conscience de la marionnette qui se voulait petit
garçon. La chanson d'ouverture de Coquin de
Printemps, Farandole et Fantaisie , était en effet prévue à l'origine pour le long-métrage Pinocchio.
L'étude pour Bongo, roi du cirque, commence donc en pleine deuxième guerre
mondiale. Il s'agit en fait d'une adaptation d'une œuvre de Sinclair Lewis,
premier auteur américain à avoir reçu le prix Nobel de littérature. Les
personnages ont énormément évolué jusqu'à la version finale du
moyen-métrage. Certaines idées ont été ainsi abandonnées comme celle de
filiation avec le long métrage de
Dumbo
qui consistait, en fait, à ce que
Bongo vienne du même cirque que l'éléphant volant. A contrario, Bongo, roi du cirque peut être considéré comme l'un des premiers tours de piste de deux
futurs personnages emblématiques de la Walt Disney Company : les écureuils
Tic & Tac.

L'étude pour Mickey et le haricot magique commence, quant à elle, en 1940,
alors même que les USA n'ont pas encore pris officiellement part au conflit.
Avant Fantasia, Mickey n'avait en effet jamais participé à un long-métrage.
La réussite du film musical convainc Walt Disney lui-même d'offrir à
l'ambassadeur de sa Compagnie un film d'animation, à part entière.
L'histoire semble taillée sur mesure pour Mickey. Ce n'est d'ailleurs pas la
première fois que le Maître de l'animation adapte Jacques et le haricot magique
qu'il affectionnait visiblement beaucoup. Il crée en effet, en 1922 un
cartoon muet, Jacques et le haricot magique, sur le même thème, puis en
1933, une aventure en noir et blanc de Mickey (Giantland en 1933). Rebelote
en 1938 où la star des studios, dans Le brave petit
tailleur, affronte à nouveau un autre géant dans un rôle
proche de celui de Jacques. La version
de 1947 comporte en revanche des scènes totalement inédites et imaginées
tout spécialement pour le film. Elle connaît, néanmoins, bien-sûr, son lot de
"rush" non retenus. Ainsi deux scènes distinctes, une où Mickey se
voit
offrir les haricots par la reine Minnie et l'autre où il vend sa vache aux
méchants de Pinocchio, Gédéon et Grand Coquin, terminent remisées sur une
étagère. Mickey et le haricot magique, sorti en 1947, est également le
dernier film où la voix de Mickey n'est autre que celle de Walt en personne,
qui l'enregistre, en réalité, dès 1941. A partir de 1946, la Maître de
l'animation confie en effet à Jim Macdonald la mission de prêter sa voix au
personnage emblématique de la Walt Disney Company.
Walt Disney souhaita également densifié un peu plus la séquence en
l'entrecoupant de scènes "live". Il emprunte ainsi la technique
utilisée
pour
Les
trois Caballeros et Mélodie du Sud. Le ventriloque Edgar Bergen, aidé
de ses marionnettes, Charlie McCarthy et Mortimer Snerd, intervient donc
dans le moyen-métrage avec Luana Patten, une jeune actrice découverte dans Mélodie du Sud et qui
enchaînera pour Disney,
Mélodie Cocktail et
Danny, le petit mouton noir.

Coquin de
Printemps ne connaîtra aucune ressortie au cinéma. Ses deux
composants, Bongo, roi du cirque et
Mickey et le haricot magique, sont en revanche séparés et diffusés sur le petit ou grand écran de
façon parfaitement autonome.
Le premier est ainsi proposé dans l'émission
Disneyland le 28 septembre 1955 au
sein d'une compilation portant le titre Jiminy Cricket Presents Bongo.
Bongo, Roi du Cirque sort également au cinéma de façon indépendante le 20
janvier 1971.
Le second a, quant à lui, droit à une première diffusion télé dans
l'émission Disneyland, le 12 octobre
1955, au sein d'une compilation dénommée The Adventures of Mickey Mouse.
Il est rediffusée une seconde fois dans l'émission Walt Disney's Wonderful
World of Color en intégrant cette fois-ci une compilation intitulée The
Truth About Mother Goose, et quelque peu remaniée ;
Donald Dingue (Ludwig Von Drake dans la version originale anglaise) prend
en effet la place de maître de cérémonie aux dépens d'Edgar Bergen et de ses
marionnettes.

Anthologie savoureuse, Coquin de
Printemps est un pur moment de poésie. Au
delà de ses deux séquences particulièrement réussies, le film vaut en effet
par la seule présence jubilatoire de Donald, Dingo et Mickey dans une même
aventure et la prestation combinée de Jiminy Cricket en narrateur idéal.
Chef-d'œuvre méconnu, Coquin de
Printemps se doit absolument d'être
redécouvert ! Et vite...