|
Dernier film d'animation auquel Walt Disney participa, Le Livre de la Jungle
est un parfait testament pour le Maître de l'animation. Le papa de Mickey décède
en effet un an avant la sortie du film, le 15 décembre 1966, d'un cancer des
poumons que trois paquets de cigarettes fumés chaque jour ont largement
contribué à développer. Il s'éteint ainsi à l'age de 65 ans, à l'hôpital
Saint-Joseph, situé en face des studios chers à son cœur. Après Mary
Poppins, Walt Disney décide donc d'adapter un autre classique
de la littérature britannique : Les aventures de Mowgli de Rudyard
Kipling, publié en 1894. Mais empêché par sa maladie et très occupé par son
ambitieux projet de construction d'un deuxième "Disneyland" aka "Disney World",
le Maître de l'animation en confie la réalisation à un des neufs vieux messieurs
: Wolfgang Reitherman. Ce choix n'a d'ailleurs rien de surprenant quand on sait
que ce dernier s'est fait remarqué, sept ans plus tôt, avec
Goliath II, un moyen-métrage auquel il
emprunte, pour Le Livre de la Jungle, quelques scènes mémorables,
dont celles du colonel Hathi. Wolfgang Reitherman devint ensuite le réalisateur
officiel des films d'animation des studios Disney durant la décennie suivante.
Le Livre de la Jungle marque aussi le début d'un fâcheuse habitude
qui entachera toutes les productions Disney des années 70 du sceau du "déjà vu".
Wolfgang Reitherman a en effet l'idée saugrenue de recycler des pans entiers de
vielles séquences d'animation déjà utilisées dans d'autres œuvres. Et c'est
ainsi que Sher Khan, au détour d'une scène, semble chasser la mère de
Bambi ! Pathétique. Mais Le Livre de la Jungle
est somme toute épargné des conséquences de cette technique désastreuse :
Robin des bois
n'a pas eu, lui, cette même chance et parait, de bout en bout, dans ses traits,
n'être qu'une succession de récupération de séquences réemployées.
Le Livre de la Jungle est assurément une histoire présente dans
l'inconscient collectif tant sa trame est connue. Pourtant, à l'image de Mary
Poppins, le scénario de l'adaptation est essentiellement basé
sur une succession de scènes plutôt que sur un fil conducteur clair et précis.
Dès lors, la véritable force du film repose avant tout sur le charisme de ses
différents personnages. Le Livre de la Jungle inaugure, par la
même, une nouvelle technique de production chez Disney. Si jusqu'à présent, la
construction des personnages se faisait en amont du choix de leur voix, ici, la
personnalité de l'artiste doubleur est étudiée avant, pour lui faire coller au
mieux son personnage. Et c'est ainsi que Louis Prima est un parfait roi Louie et
Phil Harris un inoubliable Baloo. Et toute la galerie personnages est à
l'avenant : de Mowgli à Bagheera, en passant par Hathi ou Sher Khan, sans
oublier Kaa, le boa aux multiples facettes. Mention spéciale doit d'ailleurs
être donnée à sa voix française prêtée par le talentueux Roger Carel qui fait
ici des merveilles.
La qualité du (Le) Livre de la Jungle repose également sur sa
bande son. Elle regorge en effet de chansons plus réussies les unes que les
autres et rivalise de rythmes entraînants et swingants à souhait. Le film rate
d'ailleurs bien injustement l'Oscar de la meilleure chanson. Il n'empêche !
Que cela soit 'Il en faut peu pour être heureux' écrite par Terry Gilkyson ou
'Je voudrais être comme vous' composée par les compositeurs attitrés des studios
Disney, les frères Sherman, heureux auteurs des chansons de Mary
Poppins, Le Livre de la Jungle accumulera les
tubes intemporelles. Le 19ème long-métrage de la Compagnie de Walt est
assurément le film le plus jazzy et le plus enjoué des Grands Classiques Disney
! Un pur enchantement !
Le Livre de la Jungle accompagne dignement Walt Disney dans sa
dernière demeure. Le succès fut tel que le public comme la critique encensa le
film qui fit très justement un carton au box-office mondial. En France, il est
le long-métrage de Disney qui comptabilise le plus d'entrées en salle de
l'histoire, si l'on compte ses ressorties. Pas étonnant, dès lors, qu'il ait
revêtu l'étiquette de Chef d'Oeuvre du Cinéma.
Le Livre de la Jungle est un IN-CON-TOUR-NA-BLE !
|