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Les
studios de Mickey signent, avec Il était une fois, le retour
fracassant (et tant attendu !) de la magie Disney sur grand écran. Ils
parviennent, en effet, non seulement à retrouver tous les ingrédients qui
ont fait, à travers le temps, leur réputation dans l'animation classique,
mais aussi à les mêler, en les modernisant radicalement, au format "live". A
la fois dessin animé en 2D et film en prises de vues réelles, comédie
romantique, burlesque et musical à la Broadway, Il était une fois
est un OVNI cinématographique qui résume, à lui seul, tout le savoir-faire
Disney en se payant le luxe de s'en moquer !
La Walt Disney Company aura mis près de quatre vingt dix ans avant de
consacrer un de ses long-métrages à une auto-parodie, jusque dans son titre, Il était une fois.
Difficile, en effet, de sonner plus disneyen ! Le studio de Mickey a, il est
vrai, toujours laissé à ses concurrents le soin de se moquer de lui, au
point même d'en laisser certains en faire un vrai fond de commerce. Et tant
pis si l'un d'eux, Dreamworks, a sombré, pour cela, dans le graveleux, avec
les aventures d'un personnage récurrent, Shrek, de moins en
moins inspirées au fil des épisodes. Disney, lui, ne s'est autorisé jusqu'à
présent que quelques clins d'œil impertinents sur lui-même, parsemant, ici
et là, ses Grands Classiques, à l'exemple de Zazu qui se fait conspuer, dans
Le Roi Lion, par Scar quand il se
propose de chantonner la ritournelle d'It's a Small World !
Car, rire de soi n'est pas chose aisée quand la planète entière vous regarde
et vous aime pour ce que vous êtes et produisez depuis toujours. Rien
d'étonnant, dès lors, à voir Il était une fois maintenu dans
les cartons des studios Disney pendant de nombreuses années. Des bruits
courent, en effet, sur sa réalisation, dès la fin de la décennie 90. Sa
partie animée devait d'ailleurs être réalisée par feus les studios Disney de
Montreuil. Leurs fermetures plombent logiquement un peu plus le projet. Il
faudra ainsi attendre l'arrivée de Bob Iger à la tête de la Walt Disney
Company pour que le film soit remis sur les rails. Le pari est, à
l’évidence, risqué : Disney ambitionne, il est vrai, de revenir à son fond
de commerce historique - les contes de fées et l’animation 2D – en évitant
le piège de la ringardise. L’humour et l’autodérision sont donc légitimement
appelés en renfort pour réussir l’exploit de moderniser le genre, sans le
tuer. Le ton doit être ainsi audacieux mais respectueux et la moquerie
réelle mais bon enfant. Le staff de Mickey a bien compris la hauteur de
l’enjeu. Il s'est donc attaché, pour passer l’obstacle, les services d'un
fidèle parmi les fidèles, Kevin Lima (Dingo
et Max,
Tarzan,
102
dalmatiens,
Eloïse au Plaza). Sa double
casquette de réalisateur de film d'animation et long métrage en prise de
vues réelles n'est pas non plus étrangère à ce choix puisque Il était une fois
en profite aussi pour réunir les deux types de production, marquant ainsi le
grand retour de Disney au genre depuis
Qui veut
la peau de Roger Rabbit.
Kevin Lima a, par conséquent, la lourde tache de relever un double pari
audacieux, sur le fond et la forme. Tout le génie du film est dans
l'approche du challenge. Pour mieux dynamiter le genre de l'adaptation
disneyenne des contes de fées, il invite d'abord le spectateur à en re-visionner
tous les poncifs. Les dix premières minutes du long-métrage se veulent ainsi
un condensé de ce qui a fait la réputation et le succès de la signature du
grand Walt. Pourtant, l'animation n'a pas été ici réalisée en interne. En
effet, depuis la décision de Michael Eisner de transformer la division des
Grands Classiques Disney en studios entièrement voués à la 3D, la quasi
majorité des talentueux animateurs 2D a déserté la firme de Mickey. Il
était une fois doit ainsi sa partie animée au studio de James
Baxter, basé à Pasadena. Fort heureusement, ce dernier connait bien la
maison ! Il a, en effet, en son sein, assuré le coup de crayon du personnage
de Jessica Rabbit dans
Qui veut
la peau de Roger Rabbit et de Quasimodo dans
Le
Bossu de Notre-Dame. Il réalise donc une animation 2D,
classique et qualitative. Les couleurs retenues sont chaudes et pastelles
tandis que la musique, pompeuse et rassurante, soutient une histoire,
traditionnelle et convenue. Le récit débute ainsi sur la rencontre puis les
préparatifs de la cérémonie de mariage de Giselle, belle comme une fleur et
du prince Edward, au cœur vaillant. L'ambiance est festive et touche même
les animaux de la forêt. Aucun obstacle ne semble devoir contrarier le cours
des évènements, jusqu'à l'entrée en scène, somme toute attendue, de la
(forcément !), et malfaisante, et belle-mère, reine Narissa. Tout dégouline
donc de magie disneyenne enchanteresse et faussement contrariée...
Et si, tout ce petit monde, s'apprêtant à jouer une séquence mille fois vue
et revue,
devait basculer dans la pire des situations qui soit pour lui : affronter la
réalité du quotidien ! C'est l'idée de génie de Disney qui entend, pour
mieux rire de lui, passer son habituel tableau idyllique à la moulinette de
la vraie vie. Et quelle vie : celle du New-York contemporain ! Voilà donc la
belle jeune fille, le vaillant prince, le valet, un gentil petit écureuil et
la méchante belle-mère passant de l'autre côté du miroir (ici, une bouche
d'égout !) et abandonnant définitivement l'animation pour se retrouver en «live». La romance peut
ainsi commencer et venir disputer la vedette à la
comédie. Il était une fois oscille alors en permanence dans une trame ou un
style rappelant, à tour de rôle ou en même temps, ceux de
Pretty Woman,
Le Diable s'habille en Prada ou encore
Blanche Neige
et les sept nains. A la faveur de sa plongée dans le
monde réel, le film change, il est vrai, du tout au tout. Le mot d'ordre devient le
dynamitage en règle des poncifs disneyens. Toutes les audaces sont permises
et même encouragées, à l'image de la célèbre séquence, revisitée en "live",
du Grand Classique,
Blanche Neige
et les sept nains, où la princesse fait, en chantant, le
ménage avec l'aide des animaux de la forêt. Giselle vit, en effet, une scène
similaire mais utilise, elle, la faune urbaine : pigeons, rats, mouches et
autres blattes...
Le ton du film est donné : il est enfin permis de rire de soi. Même la
bande-son est mise à contribution. Elle épouse, en effet, le style disneyen
pour mieux le brocarder. Alan Menken et Stephen Schwartz, (Pocahontas,
Le
Bossu de Notre-Dame), s'en donnent, il est vrai, à cœur
joie et signent toutes les chansons. Bluffantes de qualité, à la façon d’un
musical de Broadway, entrainantes et merveilleusement interprétées, elles
envahissent, à coups sûrs, le cœur des spectateurs, pris d’une furieuse
envie, une fois l’opus terminé, de se précipiter dans la première échoppe
vendant la bande originale. Au final, pas moins de trois chansons du film (Happy
Working Song, That's How you Know et So Close) sont nominées aux
Oscars 2008, sans qu'aucune ne parvienne, toutefois, à décrocher la
précieuse statuette...
Le casting, quant à lui, n’est pas en reste et semble même touché par la
grâce, tant les comédiens livrent des prestations enthousiasmantes.
Giselle est ainsi jouée par une Amy Adams tout simplement merveilleuse.
D'une beauté radieuse, elle incarne parfaitement une apprentie princesse
ingénue, naïve et complètement perdue dans un monde dont elle n’appréhende
même pas l’hostilité. La comédienne livre un numéro touchant à souhait et
impressionne par ses capacités de danseuse et chanteuse. Amy Adams crève
littéralement l'écran et mérite assurément - au minimum - une nomination
pour l'Oscar de la Meilleure Actrice
Edward, lui, est interprété par James Marsden (X-Men) qui
signe ici sa deuxième participation de l’année dans une comédie musicale
après le déjà très réussi Hairspray. Il parvient parfaitement
à restituer un personnage héroïque et princier mais décalé et paumé. Le
contraste obtenu est saisissant.
Susan Sarandon (Thelma et Louise) endosse, elle, la méchante
avec une facilité déconcertante. Assumant le rôle de Narissa, elle est
absolument incroyable de noirceur et de méchanceté. Sa prestation est
d’autant plus remarquable qu’elle apparait finalement assez peu dans le film
alors même qu’elle marque les esprits par sa capacité à occuper l’écran. Il
faut dire que le personnage de la «méchante reine» est, sans aucun doute,
la vraie réussite du long-métrage. En «live» comme animée, elle représente le
vilain Disney dans toute sa splendeur. Elle s’inscrit, en effet, dans la
pure tradition des Grands Classiques comme, avant elle, la reine de
Blanche Neige
et les sept nains, Maléfique de
La belle au bois dormant
ou Ursula de
La petite sirène.
Le personnage de Robert, avocat new-yorkais pure souche, prend, quant à lui,
les traits de Patrick Dempsey (Grey's Anatomy) qui sert un
numéro proche de celui de Richard Gere dans
Pretty Woman.
Le personnage apporte, ici, la touche de réalisme indispensable au récit,
même s’il se laisse, peu à peu, prendre au jeu de la magie Disney et envouté
par la sublime Giselle.
Du coté des personnages secondaires, deux, dans des registres radicalement
différents, sont visiblement à saluer. Nathaniel, tout d’abord, interprété
en « live » par Timothy Spall est remarquable de fraicheur en valet de Narissa,
tant il est drôle et pathétique, à la fois. L’écureuil Pip, ensuite, est le
seul personnage à rester animé tout au long du film : en 2D au début, il
passe, il est vrai, en 3D réaliste dans la partie live. Il porte en lui un
capital sympathie évident.
Il était une fois n’est pas une simple parodie des films
Disney par Disney. Au contraire, ce long-métrage n’est rien d’autre, sous
couvert d’humour, qu’un vibrant hommage du studio lui-même à ses grands
dessins animés légendaires.
L’ouverture du film est déjà, à lui seul, un condensé de la vision
disneyenne des contes de fées. Les clins d’œil et allusions sont, ensuite,
légions.
Blanche Neige
et les sept nains apporte, en effet, « sa » pomme et « sa
» technique de ménage,
La belle au bois dormant
propose « son » dragon,
La petite sirène
« revit » dans l'aquarium,
Cendrillon perd à nouveau «sa» chaussure,
La belle et la bête réinventent «leur»
scène de bal, et
Le
Bossu de Notre-Dame revit sur «son» toit. Sans oublier
bien sûr le charme de
Mary Poppins, rappelé ici par les petites touches
d'animation 2D ponctuant les scènes «live» et, là, par la narration de
Julie Andrews en personne… Les plus fans se régalent, même, au détour d’un
plan, de constater la diffusion à la télévision d’un extrait de
Coquin de printemps !
Tout le film repose avec malice sur une galerie de références, plus ou moins
évidentes, mais toujours appuyées par une technique irréprochable. L'équipe
en charge des effets spéciaux dans la partie « live » est, à ce titre,
assurément à féliciter tant son travail est remarquable. Le mélange avec
l'animation 2D touche, en effet, à la perfection tandis que les séquences de
la sorcière sont impressionnantes à souhait.
Il était une fois est le Disney de Noël par excellence. Le
film qui, par sa capacité à émerveiller, émouvoir, dépayser et divertir,
fait aimer Disney aux plus réfractaires. Il touche tous les publics
(enfants, adolescents, adultes, en famille, en couple ou entre amis) et
emporte l’adhésion de chacun. Une complète réussite.
Il était une fois… La magie Disney retrouvée ! |