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Bienvenue
chez les Robinson est le nouveau long-métrage entièrement animé en
3D par les studios Walt Disney Feature Animation après
Chicken Little.
Les studios historiques de Mickey, basés à Burbank en Californie, auteurs de
tant de chefs-d'œuvre en animation 2D, n'ont, il est vrai, signé que deux
films dans le domaine de l'animation entièrement réalisée par ordinateur
là où des studios concurrents, comme Dreamworks, ou désormais frères, comme
Pixar,
en comptabilisent, eux, de nombreux à leurs actifs. Mis en production en
pleine guerre avec l'allié
Pixar et terminé sous l'ère Disney
de John Lasseter (devenu entre temps le patron du studio au château
enchanté, ayant lui même croqué celui à la lampe de bureau...)
Bienvenue
chez les Robinson marque à l'évidence des points quant à sa
qualité technique. Il perd en revanche la bataille du récit, délaissant sans
doute trop l'humour au profit d'une volonté d'émouvoir et de surprendre mal
amenée.
Bienvenue chez les Robinson est basé sur un livre de William
Joyce, Une journée avec Martin Robinson. Né en 1957 en
Louisiane, l'artiste affiche de multiples facettes. A la fois
acteur, producteur, écrivain, chef décorateur, illustrateur, il assume, en
effet, un parcours de génial touche-à-touche. Il a ainsi déjà travaillé pour
Pixar en qualité de concepteur visuel de
1001 pattes. Sans attache, il a également produit,
pour la Fox, Robots sorti
en 2005 dont le visuel n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'univers si
particulier de Bienvenue chez les Robinson. Farouchement
indépendant, William Joyce est aussi à l'origine de la série télé diffusée
sur Playhouse Disney, Rolie Polie Olie. Bien avant ses
aventures enchanteresses dans l'animation, il signe, en 1990, le livre pour enfant, A day with Wilbur Robinson
qu'il illustre lui-même. Disney s'empresse de lui en acheter les droits
d'adaptation.
A l'origine, le label historique de Mickey envisage une transposition en prises
de vues réelles, William Joyce rédigeant à cette fin plusieurs versions de
scénarios tirés de son livre. Un temps est ainsi envisagée une collaboration
avec le réalisateur Peter Jackson qui, après
Fantômes contre fantômes, se montre fort intéressé par le projet.
Malheureusement pour Disney, ce dernier jette l'éponge pour se consacrer,
avec bonheur, mais pour Warner, à la trilogie du Seigneur des anneaux.
L'adaptation de A day with Wilbur Robinson a indéniablement du plomb
dans l'aile. Elle ne cesse, il est vrai, de faire des allers-retours entre
la division Animation et le département des films "live" du studio de
Mickey. L'auteur, lui, se concentre, entre temps, sur d'autres sujets. La
mise au rebus du projet semble acquise quand Michael Eisner, alors PDG de la
Walt Disney Company, décide, en personne, que, non seulement le film se
fera, mais qu'il sera, en outre, le premier disneyen à être conçu dès
l'origine pour la 3D (Peu de gens se rappellent aujourd'hui que
Chicken Little était prévu, à ses tout
débuts, en animation
2D !). William Joyce se voit confier la supervision du long-métrage en
qualité de producteur exécutif.
Stephen Anderson est, lui en charge de sa réalisation.
Il n'est pas un inconnu chez Disney puisqu'il a déjà travaillé, en tant que
"simple" artiste, sur des films
comme Tarzan,
Kuzco, un empereur
mégalo et
Frère des ours. Le projet se
déroule alors, dans l'ensemble, correctement, sauf à devoir constater une
incertitude sur le titre qui, de A
day with Wilbur Robinson, se mue en Meet the Robinsons.
La même hésitation se retrouve d'ailleurs dans sa traduction française qui
passe de La famille Robinson à Bienvenue chez les Robinsons.
Des tensions voient, en revanche, le jour
avec l'arrivée de John Lasseter à la tête du département animation des
studios Disney en 2006, qui, fort de son expérience de l'animation 3D, exige
de profonds et nombreux remaniements. Il demande ainsi au réalisateur de
revoir sa copie et d'en améliorer notamment le côté émotionnel. Des bruits circuleront
même sur le fait qu'il aurait, au final, fait changer près d'un tiers du
film. Il est trop tôt aujourd'hui pour tirer le vrai du faux de ces rumeurs
!
L'histoire de Bienvenue chez les Robinson est assurément originale,
qui plus est, pour
un film d'animation estampillé Disney. Son
déroulement est, en effet, moins linéaire qu'il n'y parait au début et,
somme toute, peu prévisible. Le scénario réserve ainsi son lot de surprises
et
rebondissements, dont la teneur et le nombre font sans doute perdre à
l'ensemble beaucoup de sa lisibilité. Le récit est, à l'évidence, mal accessible aux tout petits
qui se perdront à coups sûrs dans les méandres et détours du temps et de
l'espace. Les allées-retours dignes de Retour vers le futur 2
sont, il est vrai, légion et susceptibles de dérouter bon nombre de jeunes
spectateurs. Au contraire du film
de Robert Zemeckis, ils ne bénéficient pas ici d'un "Doc Brown" apte à leur
faire appréhender de manière ludique la théorie
du "continuum espace-temps".
Bienvenue chez les Robinson ne surprend pas, en revanche, sur
sa morale. Disneyenne à souhait, elle se paye même le luxe de reprendre
une citation célèbre de - excusez du peu ! - Walt Disney en personne : "Nous ne regardons jamais en arrière très
longtemps. Nous continuons à aller de l'avant, à ouvrir de nouvelles voies
et à tenter de nouvelles expériences... La curiosité nous entraine toujours
vers de nouveaux chemins." Il faut dire que l'orphelin Lewis
pouvait difficilement trouver mieux pour exprimer son sentiment et faire
chavirer, par la même, le cœur des fans du Maitre de l'Animation, trop
content de le voir ainsi fêté.
S'il ne devait ressortir qu'une sensation du film, c'est visiblement
l'émotion qui emporterait la palme. Le début du récit et sa conclusion sont,
en effet, particulièrement touchants et marquent le long-métrage tout entier
de leurs empreintes L'humour passe ainsi au second plan, sans jamais
susciter le rire. S'il retient quelques larmes, le spectateur ne s'esclaffe,
il est vrai,
jamais. Tout juste sourit-il, ici à l'évocation de Tom Selleck,
là, à la présence du dinosaure ou encore, avec la prestation des grenouilles...
Ce sentiment de carence en humour est d'ailleurs conforté par le choix
contestable de concentrer tous les (petits)
gags dans la seule deuxième partie du film. Lorsque Lewis débarque dans
le futur chez la famille Robinson, le long-métrage semble, en effet, changer
de registre et finit par se perdre tant le récit est faible. A l'évidence,
le film s'effondre sous le poids d'un casting trop dense. Les membres de la famille sont trop
nombreux, si bien qu'il est impossible de s'attacher à qui que se soit.
Ajoutez à cela une scène d'actions appuyée, en durée et effets, et le
spectateur perd pied, malgré lui, tant il se demande où il va bien pouvoir
être amené. La sensation est alors particulièrement gênante tant elle est
ennuyeuse. Il est incroyable de constater que la partie du film située dans
le futur est celle qui plombe l'ensemble. A mille lieux d'émerveiller
l'auditoire, elle laisse tout le monde sur sa faim et provoque un fort
sentiment d'inachevé. Dès lors, la déception est au rendez-vous : le
réalisateur est visiblement passé à côté de ce qui aurait dû constituer la
force de son œuvre. Plantée, elle apparait irrécupérable. Et là,
l'incroyable se produit. Alors que l'ennui semble avoir gagné le combat, le
film repart dans sa dernière demi-heure. Les rebondissements sont
correctement amenés, solides et chargés d'émotions. Bienvenue chez les Robinson
reprend alors des couleurs et reconquiert l'adhésion de ses spectateurs.
S'il est une chose certaine, c'est que le casting est excessif. Trop de
personnages finissent, en effet, par plomber le récit. Les quelques rôles
attachants et réussis se débattent ainsi au milieu d'une ribambelle
d'intervenants, qui, survolée vitesse grand V, lasse par sa capacité à
n'être qu'un simple diaporama tout juste digne d'un album, recueil
d'images, Pannini.
Le rôle principal, Lewis, ne souffre, à l'évidence, d'aucune critique. Son personnage
de jeune orphelin a
parfaitement été saisi et contribue à rendre le film cohérent et touchant.
Son envie irrésistible de connaître ses origines, à commencer par la raison
de son abandon, son désir d'avoir une famille, son goût pour l'invention et
l'imaginaire sont autant d'atouts pour lui et le long-métrage tout entier.
Et que dire de son design, si ce n'est qu'il colle à merveille à son dessein
? Lewis est assurément une complète réussite.
Wilbur Robinson, jeune homme plein d'entrain, un peu étourdi et toujours
prompt à faire des sottises, sert de faire-valoir à Lewis. Sa
personnalité est plus complexe qu'elle n'y parait au premier abord. Loin de
n'être qu'un ado écervelé, il est, en réalité, à la croisée de son existence
: de ses choix dépendra ou non sa valeur morale.
Les autres membres de la famille Robinson sont plus ou moins réussis. Il
partagent, en revanche, le fait de ne jamais parvenir à sortir du lot. Dès
lors, ils doivent être envisagés dans leur ensemble. Sans être ratés, ils
pêchent tous par une approximation dans leur définition qui provient
essentiellement d'un manque de temps. Trop nombreux, leurs prestations sont
trop courtes pour marquer les esprits.
Le méchant de l'histoire, incontournable chez Disney, n'a lui aucun problème
pour exister. L'Homme au Chapeau Melon a d'abord une apparence extraordinaire.
Ses membres fins et sa démarche bizarre, limite désarticulée, en font un
personnage à la fois grotesque et inquiétant. Sa maladresse chronique le rend
en plus pathétique. Sa personnalité machiavélique n'a pas à rougir de la
comparaison à celle des membres historiques de la galerie des Disney's
Vilains dont il partage aussi la caractéristique de disposer d'un
acolyte démoniaque. Après Lewis, l'Homme au Chapeau Melon est assurément le
meilleur atout du casting.
Bienvenue chez les Robinson offre à ses personnages une
ambiance et des décors d'un soin incontestable. Le film fourmille, en effet,
sur ce point, d'idées enthousiasmantes.
Le présent a ainsi un côté retro qui, rendant l'action difficilement datable,
offre bien des opportunités. Les inventions de Lewis sont des exemples
parfaits de l'atmosphère recherchée. Leurs
aspects, totalement désuets, fait de bric et de broc, sont, il est vrai,
particulièrement déstabilisants tout comme les bâtiments, eux mêmes, qui,
prenant des formes rectangulaires, mettent en avant l'austérité du
architecture mal inspirée, s'approchant de celle de la période 1960-1980.
La représentation du futur oublie, elle, les lignes dures pour se tourner
vers les cercles et formes arrondies. Tout semble plus doux. L'invitation à
l'optimisme est ainsi permanente. Totalement imaginaire, cette vision de
l'avenir est très proche de celle que Walt Disney affectionnait lui-même dans les années 30 à 40.
Le film lui fait d'ailleurs un gros clin d'œil en reprenant l'aspect du
bâtiment blanc de la version de Space Moutain de
Disneyland
Anaheim en Californie sans oublier le fait que Lewis
visite un pays dénommé Todayland en parfait écho au land "Tomorrowland" des
parcs à thème Disney du monde entier, le parisien
Disneyland Park excepté.
La musique s'inscrit à merveille dans l'atmosphère du film. Signée du talentueux Danny Elfman,
connu pour ses magnifiques composition pour Tim Burton
à commencer par les fabuleuses chansons de
L'Etrange Noël de Monsieur Jack,
elle envoute le spectateur dans un cocon dont il ressort enchanté.
Les chansons sont, elles, au contraire, dues à divers artistes parmi
lesquels se trouve Rufus Wainwright (Moulin Rouge, Le secret de Brokeback Moutain)
Elles ne sont pas chantées par les personnages et servent juste à souligner
le récit.
Bienvenue chez les Robinson bénéficie en France d'un
traitement particulièrement injuste. Il sort, non seulement, six mois après
les Etats-Unis et la majorité du monde, mais aussi, à une période peu
propice aux films d'animation. Alors qu'aucun Grand Classique Disney n'avait
eu jusqu'à présent l'honneur d'être proposé à la Toussaint, période réservée
aux petits films (Les aventures de Tigrou,
Les aventures de Porcinet)
celui qui est le 46ème long-métrage officiel des studios Disney est
visiblement envoyé au casse-pipe. Pourquoi un tel affront ? La division
française de la Walt Disney Company ne fait là que reprendre l'attitude de
sa maison mère qui, elle même, avait sacrifiée le film en le proposant au
mois de mars au public américain, alors même que Disney déserte
historiquement les salles obscures à cette période de l'année aux USA. Tout laisse à
penser que le staff de la firme de Mickey ne croit pas au potentiel du film
et le condamne à "faire un petit tour et puis s'en va". Les critiques américaines
sont, elle, plus nuancées dans leurs approches. Elles jugent, il est vrai,
le long-métrage majoritairement honorable. Le public enfin se laisse
convaincre par le bouche à oreilles, plutôt favorable et accorde à
Bienvenue chez les Robinson une recette inférieure à
Chicken Little,
déjà modeste à l'époque. Seuls 100 millions de dollars tombent en effet dans
l'escarcelle de l'oncle Picsou outre atlantique.
Bienvenue chez les Robinson
dispose de la capacité à être présenté en trois dimensions. Il partage cet
atout avec
Chicken Little,
qui a sonné, en 2005, le retour de cette technologie chez Disney, cinquante
ans après les cartoons Working for Peanuts et
Adventures in Music : Melody sortis en 1953, avec la technique du
Disney Digital 3D étant précisé que
L'Etrange Noël de Monsieur Jack a
eu, entre temps, accès au même traitement.
Bienvenue chez les Robinson est donc un film entièrement conçu pour exploiter les
possibilités du nouveau système mis au point chez Disney. La technique
habituelle du film en trois dimensions consistait, en effet, à envoyer deux images sur l'écran
avec deux projecteurs différents
: une pour chaque œil, créant ainsi une impression de profondeur grâce à des
lunettes spéciales. Le nouveau procédé profite, lui, des progrès réalisés dans la
technologie du film numérique et n'emploie plus qu'un seul projecteur. Sur
l'écran, les images pour l'œil droit et l'œil gauche se succèdent cent
quarante quatre fois
par seconde. Grâce à une lumière polarisée, l'image parait plus vive, plus
claire et immerge davantage le spectateur. L'effet est saisissant même si la
vue doit prendre environ vingt minutes pour s'habituer. Si la France a droit pour la première fois à ce système,
elle devra, en revanche, se contenter de seulement cinq salles sur l'ensemble de son
territoire !
Bienvenue chez les Robinson est un film sympathique qui fait
la part belle à l'émotion et délaisse l'humour. Il doit toutefois être
envisagé comme un "petit" film à mille lieux de la magnificence du
(Le) Roi Lion
et de La belle et la
bête, ou de l'excellence de
Pixar
atteinte dans
Ratatouille.
A noter :
Après la bévue commise sur le DVD
Les Copains des Neiges, Disney
France continue dans les erreurs incompréhensibles et indignes sur l'édition
française 2008 de Bienvenue chez les Robinson dans lequel la
filiale tricolore du label de Mickey insère un écran avec un titre français
comportant une faute d'orthographe ! "Robinson" se voit en effet affublé
d'un "s" marquant un pluriel impropre puisque s'agissant d'un nom de
famille... |