Après le succès de C'est Pas Drôle d'Être un Oiseau
sorti l'année précédente, Ward Kimball, un des Neuf Vieux Messieurs, remet le
couvert pour un moyen-métrage tout aussi déjanté. Ce dernier constitue ainsi son
avant-dernière participation à une œuvre de cinéma puisqu'il prend sa retraite
en 1973, non sans avoir créé avant, l'émission de télévision The Mouse
Factory et participé à l'animation de
L'apprentie Sorcière.

Dad, Can I Borrow the Car ? est assurément un court-métrage difficile
à classer. Totalement hors-norme, il est majoritairement un film "live" auquel
sont adjoints de l'animation 2D, des arrêts sur images, du collage et tout un
lot d'expérimentations visuelles. Bénéficiant, en outre, d'un montage
particulièrement dynamique, l'ensemble s'inscrit vite dans une démarche
avant-gardiste assumée, frisant l'absurde. Le peu d'animation utilisée pour lui
est dû à Art Stevens qui connait bien Ward Kimball pour avoir travaillé à ses
côtés sur des cartoons tels Les Instruments de Musique ou C'est Pas Drôle d'Être un Oiseau.
La narration est, quant à elle, assurée de main de maître par Kurt Russel,
l'égérie Disney de l'époque, vu dans de nombreux films du studio, Demain... des hommes,
L'Authentique, Seule et Unique Fanfare
Familiale Originale ou
L'ordinateur en folie.

Dad, Can I Borrow the Car ? affiche une vision sans concession mais
profondément comique de la passion des adolescents pour l'automobile. La
critique est en effet féroce mais toujours drôle ; toutes les péripéties menant
le fiston à la voiture sont ainsi immanquablement passées au vitriole. Rien
d'étonnant dès lors à voir ses gazouillis de bambin n'être rien d'autres que des
sons de klaxons qu'il conserve, des années plus tard, quand il s'agit, pour lui,
de répondre à la morale déclamée par son père dès qu'il veut emprunter l'auto
familiale. L'analyse corrosive de l'examen du permis de conduire est aussi un
petit bijou d'humour, entre le code se déroulant dans un brouhaha indescriptible
et la conduite pratiquée sous le contrôle d'un examinateur, vrai tyran. La scène
où le jeune homme qui, quémandant l'autorisation paternelle pour pouvoir
conduire, voit la main de son père devenir celle d'un monstre pour apposer
finalement en guise de signature salvatrice une simple croix, est, ensuite, dans
la même veine, tout aussi jouissive. L'étape de l'achat de la première auto
d'occasion n'est, enfin, pas en reste et permet à l'animation discrète de donner
vie aux bagnoles. A la différence de
Susie, La Petite Coupée Bleue, leurs yeux ne se
situent cependant pas dans le pare-brise mais dans les phares.

Malgré d'indéniables qualités, Dad, Can I Borrow the Car ? ne parvient
pas à recréer la dynamique observée lors de la sortie de C'est Pas Drôle d'Être un Oiseau.
Passé plutôt inaperçu, il a, en réalité, du mal à exister. Sa version longue,
succédant à son format initial de 22 minutes, créée tout spécialement pour sa
diffusion à la télévision dans l'émission,
The Wonderful World of Disney, le 9
avril 1972 ne changera pas grand-chose à sa popularité en demi-teinte.
Véritable OVNI dans le catalogue Disney de l'époque, Dad, Can I Borrow the
Car ? est un l'œuvre d'un visionnaire à l'humour corrosif, Ward Kimball, qui
signe avec lui un parfait adieu cinématographique.