Petit cartoon expérimental, produit au sein des studios d'animation Disney
d'Orlando, fermés depuis 2004, Off His Rockers, passé complètement
inaperçu lors de sa sortie, est maintenu depuis aux oubliettes. Présenté en
première partie des séances cinéma de Chérie, J'ai Agrandi le Bébé
puis en bonus du laser-disc du même film, il est en effet pour ainsi dire
black-listé.
Ce traitement apparait aujourd'hui bien injuste.
Son réalisateur, d'abord, n'est autre que Barry Cook connu pour un cartoon
sorti, l'année suivante, Panique au Pique-nique, mettant en vedette Roger
Rabbitt, mais aussi et surtout sa coréalisation de Mulan.
Sa qualité artistique, ensuite, n'est pas en reste. Au contraire même. Off
His Rockers est, il est vrai, un mélange réussi d'animation 2D et 3D,
une véritable prouesse à l'époque. Le décor et le cheval sont ainsi animés par
ordinateur tandis que le petit garçon reste lui en animation traditionnelle. La
surprise vient d'ailleurs moins de la présence de la 3D que de sa proportion
dans l'œuvre et de son incroyable qualité ! Elle est visiblement aussi
convaincante, si ce n'est plus, que celle des cartoons intégralement 3D sortis
par un certain studio Pixar à la fin des années 80. Pire, Off His Rockers
livre un scénario dont le "à naître" Toy Story
semble tout droit inspiré : un jouet "vivant" lutte pour entretenir sa relation
privilégiée avec un petit garçon.

Alors, pourquoi interdire à Off His Rockers les feux de la rampe ? Le
cartoon est, en fait, à l'époque gênant à plus d'un titre pour les studios
d'animation Disney. Il ressemble d'abord trop à Toy Story
et pourrait alors faire de l'ombre à cette nouvelle production sur le thème
d'une histoire, déjà vue, déjà traitée. Ensuite, malgré son budget ridicule, le
rendu final est incroyable. L'idée d'avoir maintenu le petit garçon en 2D rend
en effet l'animation du cartoon extrêmement cohérente et crédible, là où les
humains en 3D de Toy Story sont
encore perfectibles. D'ailleurs, en comparant les deux œuvres de nos jours, le
cartoon parait moins daté que le long-métrage. Enfin, qui sait si les studios
Disney n'auraient pas, avec lui, fini par se convaincre qu'ils étaient tout à
fait capables de prendre seuls le virage de la technologie 3D sans passer par
l'étape Pixar ? Off His Rockers contient à l'époque en lui tous les
éléments d'une mutinerie artistique et économique que la Direction d'alors,
menée par Michael Eisner, ne voyait pas d'un bon œil, déjà convaincue qu'elle
était de la pertinence de la joint-venture avec Pixar...
Cartoon étonnant tant par ses qualités intrinsèques que son parcours dans le
catalogue Disney, Off His Rockers mérite presque d'obtenir le statut de
réfugié politique dans le monde de l'animation. Et si les fans français
lançaient la mobilisation pour sa réhabilitation ?