Les
aventures de Perri est le premier - et restera le seul - film de la
nouvelle collection de documentaires initiée par Walt Disney : les True-Life
Fantasy. Le Maître de l'animation souhaite, en effet, avec cette série
inédite, combiner deux techniques de récits qui ont fait sa réputation : le
documentaire animalier et les tendres histoires magiques. Le papa de Mickey
estime, il est vrai, que les films documentaires purs et durs vont finir par
lasser les spectateurs et connaitre leurs premiers échecs commerciaux. Il
conserve ainsi une longueur d'avance dans l'analyse du goût du grand public
puisque l'avenir lui donne raison, son studio abandonnant le genre trois ans
plus tard après Le
Jaguar, Seigneur de l'Amazone.

Le sujet idéal pour débuter cette collection d'un nouveau
genre est déniché dans un roman de l'écrivain hongrois, Felix Salten. De son
vrai nom, Sigmund Salzmann, ce dernier est né à Budapest, le 6 septembre
1868. Après avoir fait des études à Vienne, il débute très vite une carrière
littéraire. Il vit toutefois principalement de son activité de critique
théâtral à la Wiener Allegemeine Zitung puis à la Neuen Frein Presse. Il
émigre, en 1938, aux Etats-Unis pour finalement rejoindre la Suisse où il
s'installe à Zurich. Si Felix Salten écrit plusieurs pièces de théâtre et de
nombreux romans, il doit essentiellement sa renommée à ses histoires
d'animaux, et en particulier, Bambi ou Une vie dans la forêt (1928).
Il meurt à Zurich le 8 octobre 1945. Walt Disney adapte au total deux de ses
œuvres : une sous le format d'un long métrage d'animation,
Bambi
(1942), l'autre en film de prises de vues réelles, Les aventures de
Perri (1957). Le travail de recherche effectué par les artistes
Disney pour les aventures du faon le plus célèbre du cinéma facilite
d'ailleurs grandement l'approche d'analyse pour le long-métrage "live". Les
deux œuvres sont, il est vrai, subtilement liées, sur le papier et à
l'écran. L'atmosphère des (Les) aventures de Perri s'apparente
en effet énormément à
Bambi,
un joli clin d'œil lui étant même rendu. L'écureuil rencontre, en effet, le
Prince de la forêt en personne, son faon et sa petite famille. Les
aventures de Perri est une sorte de spin-of de
Bambi
qui ne dit pas son nom.

Si le film dispose d'un scénario écrit, l'action, elle,
est réelle et ne contient pas vraiment de surprises. Elle restitue, en fait,
simplement la vie de la faune forestière avec ses mille et un dangers. Seuls
quelques effets de cinéma sont utilisés pour obtenir le résultat voulu et le
visuel recherché. Le film a d'ailleurs demandé beaucoup de patience à ses
réalisateurs, Paul Kenworthy Jr.et Ralph Wright, qui passent, pour lui, deux
ans dans le parc national de l'Utah. Tout ce temps est, en effet, nécessaire
pour obtenir une quantité d'images suffisantes couvrant l'intégralité de
deux cycles de quatre saisons. Toutefois, si certaines scènes sont
totalement spontanées, d'autres sont le fruit d'une minutieuse analyse de la
vie sauvage afin d'en planifier les besoins. Ainsi, la seule séquence
emplie de fantaisie "artificielle" est assurément le rêve de Perri au cours
de son hibernation. La jeune écureuil imagine, en effet, la neige se
transformer en animaux, mimant des lapins pourchassés par les hiboux ou les
martes. Particulièrement réussi, le passage bénéficie de couleurs
magnifiques et d'une animation classique (des petites étoiles blanches) pour
mieux rendre l'effet neigeux.
A l'exemple de toutes les œuvres de Walt Disney, la
musique joue, bien sûr, dans Les aventures de Perri, un rôle
primordial. Toutefois, à la différence des True Life Adventures,
trois belles chansons viennent aussi parsemer le récit. Elles accentuent
ainsi l'émotion suscitée par l'histoire contée et favorise l'attachement du
spectateur au film. La séquence de la berceuse n'est d'ailleurs pas s'en
rappeler celle de
Dumbo
et démontre, s'il en est encore besoin, l'incroyable maitrise par Walt
Disney du mariage des images et du chant. Dès lors, le spectateur ne peut
que fondre devant autant d'émotions. Le travail musical de Paul J.Smith est
logiquement salué par la profession qui le nomme pour l'Oscar de la
Meilleure Musique.

Les critiques accueillent Les aventures de Perri
plutôt favorablement même si elles sont résolument réfractaires au ton
disneyen du film. Le public, lui, est conquis. Walt Disney, satisfait du
résultat, décide cependant de ne plus se limiter, pour ses futures
productions, au carcan d'un label ou d'une série : les True-Life Fantasy
s'arrête par conséquent à leur premier opus. Le papa de Mickey fait, en
effet, évoluer le concept vers un nouveau type de programmes : les
docu-fictions. Il développe l'idée initiée dans Les aventures de Perri
en y ajoutant désormais des humains. Le nouveau genre est inauguré en 1961,
lors de la sortie de
Nomades du Nord, avec Jean Coutu.
A noter :
Le générique révèle la présence de Roy Edward Disney, neveu de Walt et fils
de Roy Oliver Disney, frère de Walt : il signe, en effet, quelques plans du
film. Le jeune homme deviendra par la suite l'artisan de la transformation
de l'entreprise familiale en grande multinationale grâce à ses positions
dans le conseil d'administration mais également à son implication lors de la
renaissance de l'animation.