Le
Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le Prince Caspian est la seconde
adaptation cinématographique de la saga de Clive Staple Lewis. Bien plus sombre
et plus subtile dans sa gestion des personnages et des situations, elle réussit
là où le premier opus avait échoué lamentablement tout en donnant, par la même
occasion, un nouvel intérêt au roman dont elle est tirée.
Ecrivain et universitaire irlandais,
Clive Staples Lewis, né à Belfast le 29 novembre 1898, s'éteint à Oxford le 22
novembre 1963. Il tire sa renommée professionnelle de
ses travaux de littérature médiévale et de ses ouvrages de critique littéraire
ou
d'apologie du christianisme. Le grand public, lui, le consacre pour sa saga
Le Monde de Narnia.
Proche de J. R. R. Tolkien, l'auteur du Seigneur des
anneaux, aux côtés duquel il enseigne à la faculté de littérature anglaise
de l'université d'Oxford et adhère au cercle littéraire
des Inklings, il se convertit au
christianisme, devenant, selon ses propres termes, «un très ordinaire laïc de
l'Église d'Angleterre». Sa quête religieuse marque profondément sa vie et
son œuvre. Il assure ainsi des chroniques radiophoniques sur le christianisme au cours
de la Seconde Guerre Mondiale et rédige parallèlement des ouvrages apologétiques. Ses
livres pour enfants, dont
les sept romans de la saga du Monde de Narnia (Le Lion, La Sorcière Blanche et L'Armoire Magique, Le Prince Caspian,
L'Odyssée du Passeur d'Aurore, Le Fauteuil d'Argent, Le Cheval et son Cavalier,
Le Neveu du Magicien et La Dernière
Bataille) n'échappent pas à sa Foi. Profondément emprunt d'idéologie
religieuse, Le Prince Caspian voit d'ailleurs sa connotation chrétienne
encore plus appuyée que le premier opus. L'overdose n'est pas loin tant les
allusions à la vie du Christ sont légions. Le style du livre est, en revanche,
dans la lignée du précédent : simple et enfantin. L'histoire, assez creuse et
peu développée, n'est d'ailleurs pas en capacité d'offrir aux lecteurs adultes
autre chose que de grands moments de lassitude devant un monde décidément bien
chiche en magie et intérêts.

Le film, Le Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le Prince Caspian,
reste parfaitement fidèle au livre, tout en lui offrant une consistance dont il
est dépourvu à l'origine. Pour cela, il évite les pièges de l'apologie et sert
les allusions au christianisme de façon mesurée. Le spectateur lambda, peu féru
de théologie, ne se sent ainsi pas pris au piège d'une démarche qu'il rejette.
L'angélisme atténué, le propos s'en trouve habilement noirci et l'ambiance
assombrie. Alors que le premier opus,
Le Monde de Narnia - Chapitre 1 : Le
Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique livrait une
histoire creuse, mise en image à grands renforts d'artifices grossiers, Le Monde de Narnia - Chapitre
2 : Le Prince Caspian, propose, lui, une analyse psychologique des
principaux personnages particulièrement étoffée. Leurs échecs respectifs leurs
permettent, il est vrai, d'apprendre et de grandir, pour vivre finalement, avec
le spectateur, un voyage initiatique bluffant de qualités. Les scènes de batailles sont
d'ailleurs impressionnantes en violence et en intensité. Ce deuxième volet
comporte à l'évidence, dans son parti-pris épique, l'élément qui manque
cruellement à son prédécesseur. Le
Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le Prince Caspian, réussit donc à être
captivant, sombre et subtil tout au long de son récit, même s'il se trouve
planté, ici ou là, par quelques notes d'humour peu finaudes.

Le casting,
pour sa part, est fidèle au film précédent, Le Monde de Narnia - Chapitre 1 : Le
Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique.
Edmund Pevensie est ainsi toujours interprété par Skandar Keynes. Beaucoup moins
présent, il joue presque un rôle de figuration et revêt curieusement un
côté d'enfant sage dont il était dénué jusque là.
Susan Pevensie, interprétée par Anna Popplewell, est au contraire, elle, sous
les projecteurs. Son rôle, moins potiche que dans
le volet précédent, lui offre de vrais cas de conscience. Aux affres de ses
premiers émois amoureux, succèdent des scènes de combats particulièrement
trépidantes. Le personnage aurait cependant gagné à être porté par une actrice
d'un autre charisme, qui, pour le coup, est aux abonnés absents.
Sa sœur dans le film, Lucie Pevensie, jouée par Georgie Henley, s'en sort
d'ailleurs beaucoup mieux. Alors qu'elle apparait somme toute peu dans l'opus,
elle marque l'histoire toute entière de sa présence, aucune de ses interventions
ne laissant à désirer. La fratrie a visiblement trouvé sa perle.
Le frère ainé, Peter Pevensie, tenu par William Moseley, voit également son aura
se développer. Bien plus rebelle que dans l'épisode précédent, il gagne en
psychologie et profondeur. Sans atteindre encore le niveau qu'exige ce genre de
production, le jeune acteur fait visiblement des progrès dans son jeu et
constitue une vraie bonne surprise.
Pour autant, la révélation du film n'est pas à chercher dans la fratrie mais
dans un de ses acolytes. Le Prince Caspian,
magnifiquement interprété par Ben Barnes, apparait en effet tout en subtilité, à la fois
humble et royal. Le charisme de l'acteur rayonne dès l'ouverture du film dans
une superbe scène
qui rend compte à merveille de la complexité de sa relation avec son oncle, le Roi Miraz.
Ce dernier, autre bonne surprise du casting, endossé par Sergio Castellitto
constitue un méchant de service idéal.
Véritable ordure, il donne, par son incroyable noirceur, du relief au
film. Ses intentions sont aussi claires que ses desseins sont sombres. Le personnage, impressionnant
de présence, est sanguinaire, ambitieux et sans pitié. Parfaitement défini, il
fait des merveilles et fait passer la Sorcière Blanche du premier opus pour une
douce ingénue. Cette dernière, toujours jouée par Tilda Swinton, revient
d'ailleurs dans une scène anthologique dont la qualité est de loin supérieure à
toutes celles qu'elle livre dans
Le Monde de Narnia - Chapitre 1 : Le
Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique.

Les effets
spéciaux du (Le) Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le Prince Caspian
participent également à la réussite du film. Bien plus aboutis que dans le
précédent épisode, ils gagnent en crédibilité. Les animaux parlant
n'apparaissent plus pour de simples audio-animatronics de Disneyland tandis que
les autres créatures
impressionnent par leur richesse et diversité.
La musique, quant à
elle, épique à souhait, sert à merveille les scènes de luttes et de batailles
dont le nombre et la durée sont sans commune mesure avec le chapitre premier.
Le Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le Prince Caspian, plutôt bien
accueilli par la Critique américaine, est quasi unanimement considéré meilleur
que son prédécesseur. Pourtant, le film ne parvient pas à créer l'évènement et
reste peu attendu. Son mauvais démarrage se transforme bien vite en un résultat
au box-office décevant, plaçant même son score final derrière l'épisode 1. Pire,
son échec
remet en cause toute la saga ; Disney se désengage en effet et
abandonne, fin 2008, la production du (Le) Monde de Narnia - Chapitre 3 : L'Odyssée du Passeur d'Aurore.
Au delà de ses résultats commerciaux, Le Monde de Narnia -
Chapitre 2 : Le Prince Caspian reste une vraie réussite : un film
épique et captivant !