Mission-G est un film hybride à mi-chemin entre l'enfantin
Chihuahua de Beverly Hills et le mature
Small Soldiers, le tout mélangé à des effets spéciaux dignes des meilleurs
Jerry Bruckheimer et un humour potache à la Raymond
; le mélange des genres s'avèrant pour le coup extrêmement périlleux !

La légende veut que l'origine du film soit aussi farfelue que son scénario.
Elle prétend en effet qu'un jour, le fils du futur réalisateur, Hoyt Yeatman,
rentre de l'école avec un cochon d'Inde puis s'exclame, du haut de ses cinq ans,
que ces petites bêtes feraient de parfaits soldats. La remarque germe aussitôt
dans l'esprit de son paternel qui se met à développer autour du thème un récit
pseudo militaire ; le plus incroyable étant alors que le producteur Jerry
Bruckheimer (Pirates des Caraïbes,
Benjamin Gates) le suive dans son délire... Le
résultat donne ainsi une histoire rocambolesque dotée d'effets spéciaux
mirobolants. Car si le récit n'est pas inédit en soi, son approche, elle, est
totalement dingue : une équipe de rongeurs a pour mission de sauver le monde des
intentions maléfiques d'un industriel mégalomane. Pas moins ! Gadgets, cascades,
engins motorisés : toute la panoplie de l'agent secret type est pour cela au
rendez-vous... Sauf qu'elle se voit là appliquée à des cochons d'Inde ! L'idée
est sans doute amusante deux minutes. Sur la longueur d'un film, elle l'est
finalement très peu. Car, là ou le bas blesse, c'est que Mission-G se
prend à la fois trop au sérieux (le seconde degré est quasiment absent) et pas
du tout (les blagues potaches susceptibles de faire rire les moins de cinq ans
sont légions avec une préférence appuyée pour l'humour pipi-caca). Les
spectateurs adultes se demandent alors ce qu'ils sont venus faire dans cette
galère, et accessoirement dans la salle...

La galerie de personnages "animaux" reste d'ailleurs le meilleur - et seul -
atout du film. Globalement attachants, les petits rongeurs, naturellement
craquants, bénéficient, en effet, à plein d'un doublage français de qualité. A
la différence de la version américaine qui fait appel à des stars du cinéma pour
endosser le rôle des cochons d'inde, Disney France a, il est vrai, préféré, pour
sa part, se tourner vers des doubleurs professionnels dont le travail sur le
film ne souffre d'aucuns reproches.
Darwin, le chef de la bande qui n'a bien sûr jamais froid aux yeux et fait
montre d'un courage, d'une vaillance et d'une audace toujours salutaires, est
ainsi doublé en français par Patrick Poivey, la fameuse voix de Bruce Willis.
Juarez, la touche féminine du groupe qui n'hésite pas à user de ses charmes pour
parvenir à ses fins, bénéficie, elle, sans perdre au change, de la voix
française de Julia Roberts (Céline Monsarat) alors que la version américaine lui
attribue celle de Penelope Cruz.
Blaster, le casse-cou de service, fan d'armes en tout genre et de sports de
l'extrême, prend lui l'intonation de Med Hondo, l'Eddie Murphy français, implant
idéal quand il s'agit de faire une cour appuyée à Juarez.
Speckles, la taupe informatique à qui aucun ordinateur ne résiste, conserve,
pour ce qui la concerne, en français sa voix américaine, Nicolas Cage, assurée
de ce côté de l'Atlantique par Dominique Collignon-Maurin.
Reste enfin Mooch, une mouche, véritable sentinelle volante, qui se contente
elle d'émettre de simples bzzzzzzz.
A côté de cette fine équipe, évolue une ribambelle de personnages secondaires
faite d'hamsters, de cochons d'Inde et autres souris, tous plus dingues les uns
que les autres. L'infantilisation du film est alors en marche rendant le récit
tout bonnement insupportable pour les spectateurs de plus de cinq ans ; Hurley,
en particulier, a le don de taper sur les nerfs...

Si les personnages "animaux" (en dehors de ceux de l'animalerie) savent se
rendre attachants, les personnages humains sont eux décevants. A croire que
jouer avec des rongeurs, même en images de synthèse, est trop difficile ou
demande un talent spécifique dont les acteurs retenus ici sont visiblement
dépourvus. Bill Nighy, l'inoubliable Davy Jones dans
Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit,
se noie ainsi dans un jeu lourdingue à l'excès tandis que Zach Galifianakis,
épatant dans Very Bad Trip, est curieusement transparent...

Histoire saugrenue, casting à demi convaincant, Mission-G a décidément
bien du mal à séduire. Pour les quelques spectateurs qui, contre toute
attente, accrochent néanmoins, la bonne surprise vient assurément de ses effets
spéciaux. Jerry Bruckheimer n'a, en effet, rechigné devant aucuns sacrifices et
mis visiblement les moyens pour offrir un rendu 3-D bluffant ; sans oublier les
petites créatures, réalisées en images de synthèse, plus vraies que nature ! Les
scènes d'actions, nombreuses dans le film, sont ainsi à couper le souffle à
l'exemple de la course poursuite dans un engin à boule de hamster ultra moderne.
Mais le plus impressionnant reste assurément la 3-D en elle-même. Les
réalisateurs ont, il est vrai, choisi de rétrécir le format de l'image : le
cinémascope tient ainsi dans du 16/9 avec des bandes noires en haut et en
bas de l'écran. Très fréquent en home-cinéma, le procédé rare en cinéma
traditionnel, permet donc de donner encore plus de profondeur à la 3-D :
certaines scènes explosent littéralement à l'écran, leurs effets étant
saisissants.
Véritable débauche d'effets spéciaux au service d'une histoire
infantilisante, Mission-G est un film qui demeure soporifique pour tous
les spectateurs de plus de cinq ans.