Billet d'Humeur

Le Redoublage des Oeuvres en Question

Billet d'humeur n°10 - Juin 2006
Parmi les nombreux débats qui agitent le monde – pas si fermé que cela ! – des fans français de Disney, il en est un qui revient sur le devant de la scène, périodiquement, à chaque réédition sur le marché de la « home-vidéo » des œuvres – à commencer par les Grands Classiques - de la Walt Disney Company.
La question du « redoublage » des films est alors sur toutes les lèvres. Pourquoi la firme de Mickey s’acharne-t-elle donc – sur le marché tricolore - à vouloir modifier la bande-son et les voix de ses long-métrages ?

Ce débat récurrent a, en réalité, de quoi surprendre par son ampleur quand on connaît l’histoire même de la Walt Disney Company. Son créateur en personne, n’a, en effet, jamais caché sa volonté de voir ses œuvres, et plus encore ses personnages, vivre au-delà de l’écran et passer les modes. Walt Disney a toujours voulu ainsi être en phase avec l'époque, et, le plus souvent, anticiper même l'évolution des mentalités. N'a-t-il pas modifié l’aspect de Mickey, en 1939, pour mieux l’adapter au goût du public ? Quand Disney change, à la faveur de sa ressortie, la bande son française d’un film d’animation, elle poursuit quelque part le même objectif.

La modification du doublage d’une œuvre ne peut donc pas être, pour les fans tricolores, une surprise. Dans le détail, plusieurs raisons, plus ou moins louables, justifient une telle politique sur le marché hexagonal.

Tout d’abord, une question de droit sur les voix : des procès retentissants (Blanche Neige et les sept nains ou La belle et la bête) ont, en effet, échaudé la Compagnie de Mickey, qui, refusant de céder aux chantages financiers de certains doubleurs, a pris le parti de se passer de leur voix.
Ensuite, une exigence de fidélité à l’œuvre originale, qui, elle, n’est jamais modifiée puisque référant : la Walt Disney Company peut, en effet, très bien, juger, après coup, un doublage non conforme, car trop éloigné de la version américaine. La France, pays réputé pour la qualité de ses doublages et son approche culturelle - et non pas industrielle - des longs-métrages, est souvent enclin à effectuer des adaptations débridées des dialogues et des titres. Milles et une pattes en est d’ailleurs un exemple frappant !  La compagnie de Mickey aura fort logiquement à cœur, à la faveur d’une réédition, de voir la version française revenir dans le moule originel.
Enfin, une volonté d’adapter les dialogues à l’ère du temps, plus encore quand l’adaptation a pris des libertés avec l’original : l’évolution du langage et des repères du public nécessite, il est vrai, un légitime ajustement des vocabulaires et expressions. Ainsi, quand le génie d’Aladdin s’exclame « en voiture Simone ! », qui se rappelle encore que cette expression, inusitée aujourd’hui, est, à l’origine, une rengaine utilisée par Guy Lux à l’attention de Simone Garnier dans la célèbre et populaire émission télé  « Intervilles » au cours des années 80 ?
Sans oublier une nécessité technique : une oeuvre présentée en version longue ou "sans coupe", inédite en France (L'apprentie sorcière ou Peter et Elliott le dragon), se doit d'être redoublée dans son intégralité puisque une partie de ses scènes ne l'avait pas été à l'origine. Garder le premier doublage (inévitablement partiel) en y rajoutant de nouvelles séquences serait risqué, à coup sûr, d'avoir des personnages aux voix changeantes au cours même du film.

Ces éléments éclaircis, une question subsiste néanmoins : pourquoi le redoublage des œuvres sur le marché français suscite-t-il un furieux débat chez les fans ? Le seul goût de ces derniers pour la polémique n’en justifie pas, en effet, l’ampleur !

Une réponse technique s’impose alors bien vite. L’accès aux œuvres de la Compagnie de Mickey  par le biais de la « home vidéo » (V.H.S., D.V.D., et autres supports numériques) permet aux fans de voir et revoir, à volonté, leurs productions favorites, au point d’en connaître, sur les bouts des lèvres, les dialogues jusqu’aux moindres intonations des voix des doubleurs. Changer une virgule, un mot, une expression ou une voix, et le crime de lèse-majesté est consommé à la seule faveur de la perte de sacro-saints repères du fan déboussolé.

Une fois encore, l’essentiel est oublié : seule la qualité du doublage compte ! Il est assurément sain de voir la Walt Disney Company veiller à l’adéquation de ses œuvres avec l’ère du temps. Le fan français bouderait-il en fait la chance de voir les productions qu’il plébiscite, mises à l’abri du poids des années ? La question est posée…

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