Parmi les nombreux débats qui agitent le monde – pas si fermé que cela ! – des
fans français de Disney, il en est un qui revient sur le devant de la scène,
périodiquement, à chaque réédition sur le marché de la « home-vidéo » des œuvres
– à commencer par les Grands Classiques - de la Walt Disney Company.
La question du « redoublage » des films est alors sur toutes les lèvres.
Pourquoi la firme de Mickey s’acharne-t-elle donc – sur le marché tricolore - à
vouloir modifier la bande-son et les voix de ses long-métrages ?
Ce débat récurrent a, en réalité, de quoi surprendre par son ampleur quand on
connaît l’histoire même de la Walt Disney Company. Son créateur en
personne, n’a, en effet, jamais caché sa volonté de voir ses œuvres, et
plus encore ses personnages, vivre au-delà de l’écran et passer les
modes. Walt Disney a toujours voulu ainsi être en phase avec l'époque,
et, le plus souvent, anticiper même l'évolution des mentalités. N'a-t-il
pas modifié
l’aspect de Mickey, en 1939, pour mieux l’adapter au goût du public ? Quand
Disney change, à la faveur de sa ressortie, la bande son
française d’un film d’animation, elle poursuit quelque part le même objectif.
La modification du doublage d’une œuvre ne peut donc pas être, pour les
fans tricolores, une
surprise. Dans le détail, plusieurs raisons, plus ou moins louables, justifient
une telle politique sur le marché hexagonal.
Tout d’abord, une question de droit sur les voix : des procès retentissants
(Blanche Neige
et les sept nains ou
La belle
et la bête) ont,
en effet, échaudé la Compagnie de Mickey, qui, refusant de céder aux chantages
financiers de certains doubleurs, a pris le parti de se passer de leur voix.
Ensuite, une exigence de fidélité à l’œuvre originale, qui, elle, n’est jamais
modifiée puisque référant : la Walt Disney Company peut, en effet, très bien,
juger, après coup, un doublage non conforme, car trop éloigné de la version
américaine. La France, pays réputé pour la qualité de ses doublages et son
approche culturelle - et non pas industrielle - des longs-métrages, est souvent
enclin à effectuer des adaptations débridées des dialogues et des titres.
Milles
et une pattes en est d’ailleurs un exemple frappant ! La compagnie de Mickey
aura fort logiquement à cœur, à la faveur d’une réédition, de voir la version
française revenir dans le moule originel.
Enfin, une volonté d’adapter les
dialogues à l’ère du temps, plus encore quand l’adaptation a pris des libertés
avec l’original : l’évolution du langage et des repères du public nécessite, il
est vrai, un légitime ajustement des vocabulaires et expressions. Ainsi, quand
le génie d’Aladdin s’exclame « en voiture Simone ! », qui se rappelle encore que
cette expression, inusitée aujourd’hui, est, à l’origine, une rengaine utilisée
par Guy Lux à l’attention de Simone Garnier dans la célèbre et populaire
émission télé « Intervilles » au cours des années 80 ?
Sans oublier une nécessité technique : une oeuvre présentée en version
longue ou "sans coupe", inédite en France (L'apprentie
sorcière ou
Peter et
Elliott le dragon), se doit d'être redoublée dans
son intégralité puisque une partie de ses scènes ne l'avait pas été à
l'origine. Garder le premier doublage (inévitablement partiel) en y
rajoutant de nouvelles séquences serait risqué, à coup sûr, d'avoir des
personnages aux voix changeantes au cours même du film.
Ces éléments éclaircis, une question subsiste néanmoins : pourquoi le redoublage
des œuvres sur le marché français suscite-t-il un furieux débat chez les
fans ? Le seul goût de ces derniers pour la polémique n’en justifie pas,
en effet, l’ampleur !
Une réponse technique s’impose alors bien vite. L’accès aux œuvres de la
Compagnie de Mickey par le biais de la « home vidéo » (V.H.S., D.V.D., et
autres supports numériques) permet aux fans de voir et revoir, à volonté, leurs
productions favorites, au point d’en connaître, sur les bouts des lèvres, les
dialogues jusqu’aux moindres intonations des voix des doubleurs. Changer une
virgule, un mot, une expression ou une voix, et le crime de lèse-majesté est
consommé à la seule faveur de la perte de sacro-saints repères du fan
déboussolé.
Une fois encore, l’essentiel est oublié : seule la qualité du doublage compte !
Il est assurément sain de voir la Walt Disney Company veiller à l’adéquation de
ses œuvres avec l’ère du temps. Le fan français bouderait-il en fait la chance
de voir les productions qu’il plébiscite, mises à l’abri du poids des années ? La
question est posée…