S’il y a
bien un domaine dans lequel la Walt Disney Company excelle, c’est
assurément dans l’art de remplir son tiroir caisse. Comme son
célèbre canard milliardaire, elle semble, en effet, douée du pouvoir
de transformer tout ce qu’elle touche en or, ou plus exactement en
source de recettes supplémentaires. Et elle dispose pour cela
d’analystes « maison » particulièrement efficaces.Le dernier coup de maître de la bande à Picsou est, sans aucun
doute, sa position dans la guerre des formats Haute Définition. Le
pari était à la hauteur des enjeux, éminemment audacieux. Il est
aujourd’hui totalement réussi.
Retour sur un énième succès de Mickey et ses amis.
L’industrie cinématographique tout entière entend remplacer
l’incontournable format DVD, pour conserver intact le fil à la patte
qu’elle a su habilement, depuis l’avènement du marché vidéo,
accrocher au consommateur. La manœuvre poursuit ainsi deux buts :
sous couvert d’une révolution technologique, convaincre le grand
public de renouveler son équipement et sa vidéothèque tout en se
protégeant mieux contre les piratages de toutes sortes. Car
l’expérience désastreuse vécue par sa consœur phonographique et le
dévissage de son (auparavant très juteux) marché du CD, a laissé des
traces dans l’industrie audio-visuelle toute entière. Des millions
de dollars sont en jeu, et accessoirement, au moins autant d’emplois
!
Mais, voilà, si le secteur est convaincu de l’intérêt d’enterrer
prématurément le DVD, les acteurs du marché (qu’ils fournissent les
contenants ou les contenus) sont infichus de s’entendre sur une
norme unique. Seul le tournant de la Haute Définition est partagé
par toutes les parties. Le support, lui, ne fait pas l’unanimité.
Entre le Blu Ray et le HD DVD, la guerre technologique,
psychologique et marketing fait rage. Les majors se positionnent et
annoncent chacune à leur tour, le choix du disque retenu. Disney
choisit dès l’origine le Blu Ray et organise exclusivement sous ce
format la sortie HD de ses œuvres. Il offre, il est vrai, par
rapport à son cousin HD DVD, l’immense avantage d’être mieux protégé
contre le piratage ou le dézonage, quoi qu’il soit permis, sur la
durée, de douter de l’inviolabilité de ses protections… Les
spécialistes du marketing gommeront bien sûr, pour le grand public,
ces considérations mercantiles derrière un habile discours visant à
insister sur la qualité restituée en image et en son ou la capacité
de stockage. Il convient, en effet, de convaincre l’acheteur lambda
que son bien-être est en jeu, et en aucune manière, la protection
des œuvres ou la sauvegarde des comptes bancaires de leurs
propriétaires…
Le Blu Ray triomphe aujourd’hui et renvoie le HD DVD à ses chères
études. La Walt Disney Company se voit, avec lui, conforter auprès
de son public dans sa capacité à toujours apparaitre apte à faire
les bons choix technologiques et stratégiques. Elle n’a plus désormais qu’à semer
pour récolter les précieux dollars que le marché de la HD vidéo ne
va pas tarder à lui rapporter. Quant aux fans, ils feront, comme
toujours, mine de ne pas être de simples vaches à lait, même si la manœuvre
a un petit goût de déjà vécu…