Billet d'Humeur

Les Mites du Mythe !

Billet d'humeur n°38 - Février 2009
Les rumeurs vont bon train sur Walt Disney ! Comme tous les hommes au destin exceptionnel, sa vie toute entière a été en effet décortiquée pour trouver (inventer même) ici ou là des évènements ou défauts croustillants destinés à vendre du papier, sur la seule évocation de son nom.

Voici les dix rumeurs les plus vivaces sur le papa de Mickey.

Rumeur n° 1 : Walt Disney s’est fait congeler pour pouvoir être réanimé quand la science le permettrait.

Non. Dans les derniers mois de sa vie, maladie aidant, Walt Disney s’accrochait au moindre espoir, même de charlatan, pour tenter d’échapper à la mort. Il s’est ainsi beaucoup intéressé à la pseudo science, auto-dénommée par ses créateurs, la cryogénie. Le simple fait de s’intéresser à cette solution, associé au décalage voulu par la famille entre l’heure du décès du Maître et son annonce officielle (grosso-modo : une journée), a donné lieu à une rumeur folle...

Rumeur n° 2 : Walt Disney avait lui-même prévu l’emplacement de Disneyland Paris.

Non. Walt Disney n’a jamais évoqué la possibilité d’un Disneyland hors du sol américain. Cette rumeur vient du fait que le lieu où Disneyland Paris a été construit se situe à seulement quelques encablures de l’endroit où Walt Disney lui-même a séjourné  alors qu’il était ambulancier dans l’armée US lors de la guerre 14-18. Il s’agit là d’un pur hasard !

Rumeur n° 3 : Walt Disney a interdit à Mickey de pleurer.

Pas si simple. Walt Disney a attribué peu à peu à Mickey l’unique rôle d’ambassadeur de sa compagnie : le personnage obéit ainsi à une charte stricte établissant ce qu’il peut - ou ne peut pas - faire. Pleurer lui est ainsi interdit quand il représente Disney.  En revanche, quand Mickey joue un rôle (par exemple Bob Cratchit) il peut pleurer ! L’une des rare fois où Mickey a été autorisé à pleurer en qualité de représentant de la Walt Disney Company fut au lendemain du décès de son papa, en une de Paris Match, par exemple...

Rumeur n°4 : Walt Disney était raciste.

Pas si simple. En fait, malheureusement, il ne l’était pas plus que tous les américains blancs de l’époque, mais bien évidemment, c’était déjà trop. Son œuvre en revanche ne contient pas une once de racisme, même si l’image des noirs est dans certaines productions, par trop réductrice.

Rumeur n°5 : Walt Disney était antisémite.

Non. L’engagement de Walt Disney dans l’effort de guerre américain en 39-45 est incontestable. Il est même allé jusqu’à prêter sa star historique Donald pour faire de la propagande antinazie. Cette affirmation, ridicule, repose en fait simplement sur son goût pour une pratique religieuse chrétienne rigoriste, soupçonnée, à tort, d’être forcément anti-juive et d’une audience privée (qu’il n’avait pas sollicitée) avec Mussolini lors d’un voyage en Europe, avant la deuxième guerre mondiale.

Rumeur n°6 : Walt Disney était sexiste.

Oui. Et même l’excuse de l’époque ne tient pas. Il a toujours refusé par exemple de s’entourer d’animatrices, tolérant simplement dans son studio les femmes aux postes d’encreuses ou les reléguant à des rôles subalternes. Il a, en outre, souvent manifesté son dépit à l’idée de ne pas avoir de fils. De là à penser qu’il considérait la femme comme inférieure à l’homme, il n’y a qu’un pas...

Rumeur n°7 : Walt Disney était homophobe.

Oui. Et clairement même ! Il s’est séparé de certains de ses collaborateurs masculins qui avaient eu le courage de révéler en privé leur homosexualité et n’a pas hésité, pour le même motif, à résilier le contrat liant son studio à certains acteurs, pourtant plébiscités à l’époque par le public.

Rumeur n°8 : Walt Disney était réactionnaire.

Pas si simple. En fait, il l’était mais comme ses contemporains. Son enfance spartiate, son éducation rigoriste, sa génération tout comme son identité américaine ont fait de lui un self made man, très pratiquant, adepte du libéralisme et foncièrement anti-communiste. Il est tout bonnement à l’image de ses contemporains : la toute jeune Amérique s’est bâtie sur la pratique religieuse et l’ultralibéralisme, difficile d’y échapper dans les deux premiers tiers du XXe siècle.

Rumeur n°9 : Walt Disney était antisyndical et antisocial.

Pas si simple. En fait, patron paternaliste, il n’a jamais compris que ses équipes puissent réclamer des droits supplémentaires, pensant qu’il leurs apportait tout ce dont elles avaient besoin, à commencer par la chance de travailler pour lui ! S’estimant à l’écoute de ses employés comme il l’était du public, il pensait (et se trompait !) que ce qu’il jugeait bon pour son personnel l’était forcément et qu’il couvrait, dès lors, toutes ses attentes. Il n’était pas anti-syndicats par idéologie mais simplement parce qu’il pensait qu’ils ne servaient à rien : en « père-patron », il était persuadé d’être le seul apte à satisfaire les besoins de ses « enfants-employés ».

Rumeur n°10 : Walt Disney était un patron invivable.

Oui. Et l’âge n’a pas amélioré son fichu caractère. Il piquait presque toujours des colères noires, avait le compliment rare et n’hésitait pas à bloquer une décision, même bonne, parce qu’il n’avait tout simplement pas été consulté avant.

Répondre à Timon Timauvis
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Message de Messire Titash : 21 Février 2009
Un billet très intéressant abordé de manière ludique... Il serait intéressant de pouvoir retrouver régulièrement cette analyse de type question/réponse sur Disney lui-même et tout son univers...
La réponse du Seigneur Timon Timauvais :
Merci à la fois pour le compliment et l'idée soumise... Je pense en effet réutiliser ce type de rédaction, aussi plaisant à lire qu'à écrire.
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Message de Messire Ratigan : 10 Février 2009
Je ne suis pas d'accord avec tout ce que tu dis...

Sexiste = oui, peut-être (surement, même), mais il a engagé des femmes à des postes clef quand même : Retta Scott (animatrice en chef), Mary Blair, Alice Davis, Harriett Burns,... Je pense qu'il faudrait nuancer...

Antisémite = quelques indices laissent penser que sa vision, comme celle de la majorité de ses contemporains, était parfois négative envers les juifs. Dans une première version des 3 petits cochons, le Grand Méchant Loup se présente à la porte déguisé en juif, avec les stéréotypes de l'époque (gros nez, ...).

Patron invivable = parfaitement... Mais en même temps, il entretenait des relations privilégiées avec ses meilleurs animateurs. Lorsqu'il faisait une inspection surprise, il prenait bien le temps de tousser très fort en arrivant, pour que ses animateurs sachent qu'il allait arriver d'une minute à l'autre. De plus, il se rappelait du prénom de ses employés, à qui il demandait de l'appeler Walt et pas Monsieur ou Monsieur Disney... Il a quand même tenter d'instaurer un cadre tranquille dans son entreprise... Invivable... Je dirais plutôt exigeant.

La réponse du Seigneur Timon Timauvais :
J'entends bien tes nuances, toutes recevables, mais je reste pour ma part sur ma position première. Ensuite, nous serons sans doute d'accord, toi et moi, pour dire que Walt Disney était un personnage si complexe que chercher à le résumer de la sorte est un exercice de style tellement réducteur que le résultat obtenu est  forcément perfectible...
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