La Walt Disney Company, dans son souci constant d’universalité, ne prend jamais
parti. Comme toute firme mondialisée, elle entend, en effet, se tenir
précautionneusement à l’écart de toutes polémiques politiques, religieuses ou
sociétales. Elle s’adresse à tout le monde et n’envisage pas un instant dresser
les uns contre les autres.D’ailleurs, lorsqu’un simple doute apparait dans son catalogue sur une œuvre,
elle n’hésite pas à la black-lister sans aucune autre forme de procès.
Mélodie
du Sud, accusée par certaines associations de Noirs américains de faire
l’apologie de l’esclavage en rendant sympathique l'état d’esclave, est ainsi
interdite depuis des décennies de rééditions.

Certains cartoons de Donald, produits pendant la deuxième guerre mondiale dans
une démarche de propagande anti Axe, ne sont, quant à eux, toujours pas
disponibles à l’international car soupçonnés de pouvoir vexer, ici le public
allemand et là, l’auditoire japonais...

Tous les sujets aptes à voir s’affronter un camp contre l’autre sont ainsi
soigneusement mis de côté. Parmi eux, la question religieuse est bien sûr
évitée, ou - quand il ne peut en être autrement - réduite à sa plus simple
expression. Frollo change ainsi, dans le Bossu de Notre-Dame, de robe pour une
autre, passant du statut d’archevêque à celui, de juge, tout en évoluant dans
une Cathédrale.

Sur un autre registre, caractéristique de la société américaine qui n'en finit
toujours pas avec ses affrontements communautaires, Disney a attendu près d'un
siècle avant de doter sa galerie de princesses d'une représentante noire. Ce
sera chose faite seulement cette année avec
La Princesse et la Grenouille, dont
la trame - heureux hasard et joli coup de pub - s'est décidée bien avant
l'accession de Barak Obama à la magistrature suprême..
.
Pourtant, parmi la liste de tous les tabous chez Disney, il en est un qui
surclasse tous les autres ! Les personnages de la galaxie disneyenne, outre une
vie amoureuse quasi-monacale (seul le baiser est, il est vrai, toléré ici ou là,
et encore à condition qu’il soit salvateur ou, à la rigueur, annonciateur d’un
mariage !), n’ont pas le droit d’en pincer pour l’autre, s'il s'avère être leur
alter ego...
Cette règle intangible prend pourtant l’eau quelques fois. La nature ayant
horreur du vide, quelques joyeux amis parviennent, en effet, ici ou là, à
glisser leur tête, histoire de signifier que même chez Disney « ils survivront
».
Dans Le Dragon Récalcitrant, un
spécimen de dragon pas comme les autres aime prendre du bon temps, jouer et
chanter. Il ne crache pas de feu et, plus que tout, déteste se battre. Il a bien
du mal d’ailleurs à apprendre à se comporter comme un véritable dragon…

Dans Pocahontas, une Légende
Indienne, Wiggins, un serviteur dandy, maniéré à outrance veille aussi bien
sur la garde robe de son infâme patron que sur la toilette de son chien, un
insupportable roquet...

Dans Kuzco, l’Empereur Mégalo, Kronk, un gigolo bodybuildé, raffiné et fin
cordon bleu semble se demander sans cesse si sa relation avec Izma, une vieille
excentrique, dont Dalida et Zizi Jeanmaire ne renieraient pas la maternité, est
vraiment ce qu’il lui faut. Qu’on se rassure : l’ambiguïté sera levée dans la
suite Kuzco 2 : King Kronk où le bellâtre épousera un cheftaine scout - cela ne s’invente pas !

Dans Lilo & Stitch, Jumba et Pikly affichent ainsi la volonté de vivre ensemble
sur la Terre, le second ayant d’ailleurs un goût prononcé pour le « déguisement
». L’honneur restera pourtant toujours sauf ; les deux personnages étant des...
extra-terrestres !

Dans Le Roi Lion 3 : Hakuna
Matata, Timon livre des scènes qui résonneront sans mal du
Castro au Marais. Alors que sa mère l’enlace et le recoiffe, le toon lance, en
effet, un malicieux et plein de sous-entendus « et après on s’étonne que je sois
perturbé ! ». Plus tard même, dans le récit, tandis que sa mère le découvre en
train de danser habillé en vahiné et s’interroge sur le fait que son fils a bien
changé, son oncle hurle à sa vue un drôlissime « mais il est habillé en fille
!!! ». Fort habilement, la série
Timon & Pumbaa remettra de l'ordre dans ses priorités...

Dans Chicken Little, Boulard est un
joyeux camarade qui accumule de nombreux handicaps. Boulimique, mal dans sa peau,
incompris par sa classe, passionné de karaoké dance et de comédies musicales,
soumis à une mère ultra possessive et peureux de sa propre ombre, il révèle
finalement sa pugnacité dans l’adversité quand la chanson « I will survive » déboule sur les ondes.

Enfin, dans Cars - Quatre Roues, d’imposants
tout-terrains rutilants, venus de la grande ville pour prendre, auprès de
Sergent, des cours de
conduite 4/4 dans le désert rechignent au premier obstacle à
la seule idée de salir leurs roues...

Qu’on se le dise : il n’est pas encore là le temps où l'amitié deviendra
particulière entre deux princes Disney, même si, à y regarder de plus près, la
fierté est déjà parfois de mise chez les amis de Mickey...

...et ça ne date pas d'hier !