Le
fabuleux succès des courts-métrages de la série des
True Life Adventures,
débutée en 1948 avec
L'île aux phoques,
ouvre bien des opportunités à Walt Disney. Il croule, en effet,
littéralement sous les sollicitations d'un grand nombre de photographes
naturalistes en provenance de tous les Etats-Unis. Le papa de Mickey
s'attache bien sûr à visionner l'ensemble des films qui lui sont proposés.
Parmi eux, le travail d'un étudiant d'UCLA, N. Paul Kenworthy, Jr. attire
particulièrement son attention. Préparant une thèse de doctorat traitant de
l'instinct de survie des insectes dans le grand désert américain, le jeune
homme soumet à Walt Disney des rush de films réalisés dans les contrées
arides. L'une des séquences fournies - le combat perdu d'une tarentule
contre une guêpe du désert - impressionne le Maître de l'animation au point
de le convaincre d'embaucher Kenworthy. Ce dernier est ainsi envoyé, pour le
compte du Studio, dans le désert, avec pour mission de rapporter de
nouvelles images tout aussi passionnantes. Walt Disney accepte parallèlement
d'autres travaux réalisés en free-lance dont il confie à James Algar le soin
d'en opérer un assemblage cohérent en long-métrage. Le tout premier résultat
de cette entreprise de conglomérat est Le désert vivant.

Le film débute, comme les courts-métrages de la série des
True Life Adventures, sur une courte introduction animée dont la mission se limite
à situer géographiquement l'action. Très vite, en effet, de magnifiques et
grandioses paysages apparaissent pour, tout aussi rapidement, laisser leurs
places à de gros plans destinés à capter la vie des insectes, reptiles et
autres petits mammifères. La technique, totalement maîtrisée, repose, il est
vrai, sur une photographie exemplaire qui plonge au cœur de l'action.
Pourtant, si les images sont belles, elles ne suffisent pas, à elles seules,
à capter l'attention. Fort habilement, Le désert vivant tire
alors sa force de la qualité de la narration qui s'inscrit à l'opposé
parfait du cours magistral. Winston Hibbler, un vétéran des studios Disney,
envoûte littéralement le spectateur par un timbre de voix digne d'un conteur.
Ajouter à cela des effets sonores et musicaux des plus réussis, et le
documentaire tout entier sert une aventure intelligente et captivante où
s'enchaînent, à un rythme soutenu, scènes d'actions, gags, ambiances et
décors.

Une partie de la critique de l'époque assassine le film. Si elle reconnaît
son audace, elle lui reproche vivement sa réalisation en contestant dès lors
son statut de film documentaire sérieux. Comment en effet accepter de voir
le propos influencé par des effets de cinéma, jugés, au mieux, incongrus. La
danse des scorpions montée sur une musique country est ainsi
particulièrement raillée. Les professionnels craignent en effet que cette
technique n'induise les spectateurs en erreur. Ces derniers risquent, il est
vrai, de se laisser abuser en pensant que les animaux ont été, tout
simplement, dressés pour l'occasion. Découvrant un genre balbutiant, peu
savent, en fait, que le réalisateur s'est contenté de synchroniser les
effets sonores sur les images. L'argument est tellement pertinent que Walt
Disney, lui même, se laisse convaincre. Il décide d'éliminer la pratique
dans les films suivants. La critique, peu rancunière, accorde néanmoins au Désert Vivant, l'Oscar du Meilleur Film Documentaire.
Le public réserve un accueil triomphal au film. Sorti conjointement avec le
moyen-métrage animé, Franklin et moi, il est vite très
populaire et signe un beau succès au box-office. Pourtant, il s'en est fallu
de peu pour que le public en soit privé. Reproduisant l'erreur commise pour
les courts-métrages de la série des
True Life Adventures, RKO, le
distributeur du Studio de l'époque, se montre, en effet, totalement hostile
à l'idée de le sortir. Walt Disney, las de la toujours plus grande frilosité
de son partenaire, jugée désormais beaucoup trop handicapante, se décide avec
son frère Roy Disney, et accessoirement le financier des studios, à rompre
l'accord de distribution. La Walt Disney Company se chargera désormais de
distribuer seule ses productions. La
filiale Buena Vista Distribution
Company voit donc le jour et organise sa première sortie avec Le
désert vivant. Le film, dont le budget initiale est de 0.5 millions
de $, en rapporte dix fois plus à l'occasion de sa première présentation au
public. Les frères Disney, prenant de cours bien des analystes, signent, une
fois encore, un coup de maître et consolident un peu plus toute la chaîne de
production de leur Studio.

Le désert vivant est assurément une expérience
cinématographique étonnante. De part son sujet, le film n'a, en effet, pas
pris une ride, plus de cinquante ans après sa sortie. Pionner dans le genre,
il associe à merveille documentaire et divertissement. Exceptions faites des
manipulations sonores dénoncées plus haut, il signe une authentique
exploration de la vie des déserts.
Le désert vivant est un classique de Walt Disney, à voir
absolument.