Le prince Donegal
est le dernier film de cape et d'épée, réalisé du vivant de Walt Disney, six ans
après
L'enlèvement de David Balfour. Mais
c'est pourtant à un autre long-métrage du genre (Echec au roi,
1954) qu'il lorgne sans vergogne tant les ressemblances sont frappantes.
Les deux films racontent, en effet, l'histoire d'un chef de clan qui se rebelle
contre l'occupant anglais. Echec au roi
conte ainsi la résistance écossaise tandis que Le prince Donegal
met en vedette les combattants irlandais. Dans chacun des récits, le leader est
fait prisonnier, conduit au cachot pour finalement s'évader et conduire la
bataille finale. Dès lors, la ressemblance est évidente. De là à dire que Disney
s'autoplagie, il n'y a qu'un pas vite arrêté par l'ambiance radicalement
différente des deux films.

Le prince Donegal s'éternise beaucoup sur la capture et
l'emprisonnement de son héros. Ce dernier passe, en effet, la majeure partie de
son temps au cachot à tenter de s'évader, avec - c'est cousu de film blanc - une
tentative avortée. Le film tout entier semble ainsi axé sur la volonté du jeune
combattant à recouvrer la liberté, oubliant même de développer une once de
consistance aux autres personnages. Même l'idylle entre la belle et le rebelle
est à peine effleurée. Kathleen MacSeewney (interprétée par Susan Hampshire) se
jette, il est vrai, un peu vite dans les bras d'O'Donnel (joué pourtant avec
talent
par Peter McEnery). Là où Echec au roi
installait avec finesse l'amour entre le héros et sa dulcinée, Le prince Donegal,
lui, expédie le propos à une vitesse surprenante. Il en est d'ailleurs de même
avec l'aspect politique du récit qui est également survolé à vitesse grand V, se
limitant à la méchanceté d'un capitaine de garde anglais particulièrement
haineux. La reine d'Angleterre brille ainsi lamentablement par son absence. Une
fois encore, Le prince Donegal s'éloigne du, décidément plus
inspiré, Echec au roi
qui insistait, lui, sur la complexité politique du conflit et l'absence de
manichéisme des protagonistes. La différence de traitement des deux œuvres
trouve peut-être sa
source dans le caractère historique des personnages et événements pour l'un (Echec au roi),
là où l'autre (Le Prince Donegal) relate des aventures fictives
d'un héros bien réel...
Fort curieusement, alors même qu'il est à l'évidence perfectible, Le
Prince Donegal est mieux accueilli par la critique qu'Echec au roi.
Elle lui préfère, en effet, sa limpidité scénaristique et sa grande capacité à
divertir. Le public, lui, est bien loin de ses considérations et renvoi les deux
films dos à dos, en les boudant de la même façon !
Le prince Donegal est un film ennuyeux qui manque d'action et de
personnages attachants. Il est sans doute à délaisser au profit d'Echec au roi.