Robin des bois et ses
joyeux compagnons est le deuxième film "live" des studios Disney à ne
disposer d'aucune animation. Walt Disney, toujours enclin à valoriser le moindre
dollar, a en effet l'idée, en ces temps de disette financière caractéristique de
l'après-guerre, d'utiliser des fonds datant des années sombres et bloqués en
Angleterre, pour réaliser des films au Royaume-Uni. Ne disposant d'aucun
animateur britannique chevronné, il décide de produire tout simplement des films "live" et se lance dans le genre, dès 1950, avec L'île au trésor. Succès commercial
aidant, il renouvelle l'expérience deux ans plus tard, en adaptant un autre
classique d'aventures de la littérature anglaise. Robin des bois et ses
joyeux compagnons était né et consacrait, pour la première fois chez
Disney, une équipe totalement britannique, jusqu'au réalisateur du long métrage,
Ken Annakin.
Robin des bois et ses
joyeux compagnons est une fidèle adaptation des aventures du célèbre
justicier des forêts. Walt Disney assoie, en effet, avec ce deuxième film
d’acteurs, son savoir-faire dans la production de films d’aventures.
Contrairement aux autres adaptations du célèbre roman produites jusqu'à lors au
cinéma, il choisit, avec ambition, de positionner délibérément sa version sur le
ton de la légèreté et du conte. Rien d'étonnant ainsi que la technique - très
prisée dans l'animation Disney - du livre dont les pages se tournent au fur et à
mesure du déroulement du récit soit ici utilisée. Walt souhaite néanmoins ne pas
dénaturer les personnages et insiste fortement sur leur bravoure. Il relève même
leurs actions par des complaintes dont le thème rend à merveille l'atmosphère du
Moyen-Âge tout entier. La qualité des décors peints contribue d'ailleurs à
l'ambiance du film qui enveloppe le spectateur dès la première image dans un
cadre paradoxalement paisible. Le casting, quant à lui, ne souffre d'aucune
critique. Richard Tood campe ainsi un savoureux Robin des bois. Sa prestation
lui vaut d'ailleurs de tenir l'affiche de deux prochaines productions
britanniques de Disney :
La rose et l'épée en 1953 et
Echec au roi
en 1954. Joan Rice (Belle Marianne), Peter Finch (le Shérif de Nottingham),
James Hayter (Frère Tuck) et James Robertson Justice (Petit Jean), pour leur
part, ne déméritent pas.

Lors de sa sortie, la critique encense le film tandis que le public se rue dans
les salles. Le succès est complet sauf peut-être à devoir constater que Robin des bois et ses
joyeux compagnons ne survivra pas à l'épreuve du temps. Implacablement
tombé dans l'oubli, il est inconnu du grand public et ignoré des fans du studio
de Mickey. Il faut dire, à contrario, que la renommée du film d'animation Robin des Bois
– qui plus est Grand Classique Disney – a squatté l'inconscient collectif du
public qui n'accorde, dès lors, plus aucun crédit au film "live". Quelle
injustice de le voir spolié par un film d'animation quasiment éponyme dont la
qualité pèche pourtant à bien des égards.
Robin des bois et ses
joyeux compagnons a, en réalité, fort bien vieilli et dispose de la
capacité à passionner tous les amateurs de films d'aventures. Divertissant à
souhait et témoin d'un style aujourd'hui révolu, il mérite assurément d'être vu.