La rose et l'épée est le troisième film "live" des studios Disney à ne disposer d'aucune animation. Walt Disney,
toujours enclin à valoriser le moindre dollar, a, en effet, l'idée, en ces temps
de disette financière caractéristique de l'après-guerre, d'utiliser des fonds
datant des années sombres et bloqués en Angleterre, pour réaliser des films au
Royaume-Uni. Ne disposant d'aucun animateur britannique chevronné, il décide de
produire tout simplement des films "live" et se lance dans le genre, dès 1950,
avec L'île au trésor.
Succès commercial aidant, il renouvelle l'expérience deux ans plus tard, en
adaptant un autre classique d'aventures de la littérature anglaise.
Robin des bois et ses
joyeux compagnons est ainsi né et consacre, pour la première
fois chez Disney, une équipe totalement britannique, jusqu'au réalisateur du
long métrage, Ken Annakin.
L'année d'après, ce dernier signe, avec La rose et l'épée, un
troisième film. Il s'attaque, cette fois-ci, à l'adaptation du premier roman de
Charles Major, When knighthood was in flower. S'il convient de regretter
le choix délibéré de l'invraisemblance historique du récit original, force est
de constater que le long-métrage obtenu est une belle réussite. Tout y
fonctionne, en effet, à merveille. Ses décors, assis sur les fabuleuses
peintures de Peter Ellenshaw, dont 62 tableaux sont mis à contribution,
retiennent tout d'abord l'attention. Le spectateur se retrouve, grâce à eux,
littéralement immergé à l'époque des Tudor.

Le script, ensuite, ne souffre d'aucune critique tant son écriture est soignée.
Walt Disney a d'ailleurs, pour sa rédaction, invité Ken Annakin à venir
travailler à Los Angeles. Il lui apprend ainsi à rechercher le parfait équilibre
entre divertissement, action, romance et humour. Et le résultat obtenu est à la
hauteur des espérances. L'histoire est, il est vrai, limpide à souhait et
envoute le spectateur, adulte comme enfant, en lui donnant l'impression de se
plonger, sans jamais s'ennuyer, dans l'Histoire avec un grand H. De nombreuses
scènes sont ainsi succulentes, à l'exemple du bal de Mary, du départ vers les
Amériques ou du temps passé par l'héroïne à la cour de France.
Le casting n'est, quant à lui, pas en reste pour servir à merveille le récit.
Une panoplie de talent est indéniablement au rendez-vous. Richard Tood campe
ainsi un fabuleux Charles Brandon, Glynis Johns (la future Madame Banks de
Mary Poppins), une superbe Mary Tudor,
James Robertson Justice, un parfait Henri VIII sans oublier Jean Mercure en roi
de France et Gérard Oury (le célèbre réalisateur français !) en futur François
Ier.
Tout cela n'empêche pas les critiques de l'époque de
descendre, dans une complète unanimité, La rose et l'épée. Conspué
par la presse anglaise qui lui reproche, comme autant de crimes de
lèse-majestés, ses approximations historiques, le film subit également des
attaques, certes moins féroces, aux Etats-Unis où les professionnels le jugent
sans véritable intérêt. Ces sentences sont, somme toute, bien injustes au regard
du résultat atteint. Walt Disney ne s'y trompe d'ailleurs pas et met en chantier
un quatrième et dernier long-métrage britannique :
Echec au roi.
Divertissant à souhait, même daté, La rose et l'épée
est un film à voir, tant pour son charme que son efficacité.