Monsieur Homer
Date de création :
Le 16 mars 1961
Nom Original :
J.J. Crum
Créateur(s) :
Ernest Nordli (Conception)
Julius Svendsen (Animation)
Art Stevens (Animation)
Apparition :
Cinéma
Télévision
Voix Originale(s) :
J. Pat O’Malley

Le portrait

rédigé par
Publié le 19 mars 2023

En 1961, les studios Disney sortent sur les écrans Le Chariot à Voile, l’un des derniers courts-métrages produits du vivant de Walt. Inspiré d’une ancienne légende de l’Ouest, le dessin animé met en scène Windwagon Smith, capitaine exubérant voyageant à bord d’un conestoga équipé d’une voile de bateau et qui, en arrivant à Westport, ne tarde pas à mettre toute la population en alerte, à commencer par son maire, Monsieur Homer.

Monsieur Homer, édile autoritaire mais pas téméraire

Monsieur Homer est le premier édile de Westport, bourgade du Missouri et point de départ du Santa Fe Trail et de l’Oregon Trail, deux des routes empruntées par les pionniers désireux de partir vers l’Ouest sauvage. Le vent souffle si fort dans la région que la population, exténuée, passe la majeure partie de leur journée à dormir. Mais soudain, leur quiétude est rompue par l’arrivée tonitruante d’un étrange équipage. À la barre de son chariot à voile, Windwagon Smith doit dès lors rapidement rendre des comptes.

Pour interroger ce mystérieux étranger et en apprendre plus sur ses intentions, les habitants envoient bientôt leur maire, Monsieur Homer, se « jeter à la mer ». Bien que très intimidé, l’élu décide alors de jouer les gros bras. « Alors comme ça, qui êtes-vous, bonhomme ? », demande-t-il en observant le visiteur d’un œil soupçonneux. Scrutant ce dernier de la tête au pied, monsieur Homer s’étonne. Les vêtements de marin de Smith sont particulièrement étranges, surtout dans cette région où la mer est à des centaines de kilomètres. En revanche, son chariot est très familier. Bizarre, toutefois, de ne pas l’avoir équipé d’une paire de bœufs ou de chevaux pour le tracter. Monsieur Homer en déduit donc que c’est certainement le vent qui actionne cet engin saugrenu.

Lui-même poussé, Windwagon Smith met bientôt fin à cet interrogatoire. Affamé, il se rue dans le saloon afin de casser la croute. Il y découvre alors la belle serveuse, Molly, qui n’est autre que la fille du maire. Rapidement, le capitaine se met à badiner avec la demoiselle sous l’œil de Monsieur Homer qui apprécie peu ce genre de comportement. « Molly, va voir à la cuisine si j’y suis ! », ordonne-t-il à sa fille, « Le capitaine et moi avons à parler affaires... Et les affaires, c’est une affaire d’hommes. Alors va, tu dois avoir à faire, ma fille ! ».

Prenant une chaise à la table de Smith, Monsieur Homer reprend son interrogatoire au sujet de cet étrange chariot. « J’ai bien vu que vous ne transportiez pas de passagers », demande-t-il, « Mais est-ce que ce machin peut transporter des marchandises ? ». Écoutant les explications du capitaine beau parleur, Monsieur Homer est rapidement convaincu de l’intérêt d’un tel véhicule. Il semble plus rapide qu’un équipage tiré par des animaux. Le chariot à voile peut visiblement remonter le vieux Santa Fe en seulement quatorze jours contre deux mois avec des bœufs. Pour Monsieur Homer, il s’agit dès lors d’une sacrée aubaine et surtout d’une nouvelle source de revenus incroyable.

Enthousiasmé par un tel potentiel, Monsieur Homer propose bientôt de voir plus grand et de construire un chariot gigantesque pour maximiser encore davantage les profits. Profitant du fait que le capitaine Smith possède lui-même les plans d’un tel vaisseau, les travaux démarrent sur le champ. Et Monsieur Homer veille... Il veille sur le chantier, bien sûr. Mais il veille également sur sa fille, Molly, qui flirte avec le capitaine. « Molly ! Rentre à la maison ! », hurle-t-il à la demoiselle, « Tous ces marins ne sont que des coureurs de jupons ! ».

Après quelques jours de travaux, le gigantesque chariot est enfin prêt pour son voyage inaugural. Monsieur Homer et les hommes de la ville sont déjà tous pressés d’embarquer. Molly aussi... Mais l’édile lui ordonne de redescendre sur le champ. Commence alors pour cet étrange équipage une traversée mémorable à travers les grands plaines herbacées. Le navire est lancé à 60 km/h. Dans l’entrepont, les passagers ne font plus les malins et tremblent littéralement de peur. Seul Smith semble prendre du plaisir à diriger cette traversée. Mais le vent capricieux a tôt fait de compliquer ce premier voyage. Charriés de toutes parts, le Maire Homer et ses collègues demandent instamment à rentrer à Westport.

Mais le chariot à voile est à présent incontrôlable. Le gouvernail est bloqué. Et le vent souffle si fort qu’il est impossible de s’arrêter. Pour sauver leur peau, les passagers sautent par-dessus bord. L’édile en fait autant et roule dans la grande rue avant de terminer sa course dans une cave. Revenu sur le plancher des vaches, le Maire Homer est obligé de constater que l’engin soulevé par une tornade ne redescendra jamais plus sur terre. La situation est d’ailleurs d’autant plus dramatique pour lui que sa fille est parvenue à se cacher à bord. Malgré ses ordres, la voilà donc prisonnière, comme son beau capitaine, de la tempête...

Avec les années, l’histoire de Windwagon Smith a laissé place à la légende. Le nerveux Monsieur Homer est à présent devenu un vieillard. La mine triste, il lui arrive encore de regarder le ciel avec les autres habitants qui, comme lui, ont vécu cette piteuse expérience. Et parfois, certains aperçoivent encore dans les nuages le vaisseau du capitaine voguer pour l’éternité dans l’étendue du ciel...

La Conception du personnage

Mis en production à la fin des années 1950 afin d’occuper certains artistes entre deux projets d’envergure, La Belle au Bois Dormant et Les 101 Dalmatiens, Le Chariot à Voile s’inspire d’une vieille légende du folklore américain notamment mise par écrit en 1947 par l’écrivain Wilbur Lang Schramm dans son ouvrage Windwagon Smith and Other Yarns. Remontant au XIXe siècle, elle raconte les mésaventures du capitaine Smith, marin au long cours qui décida de traverser les étendues sauvages en direction de l’Ouest à bord d’un chariot non pas tiré par des bœufs, mais par une voile de navire. Partie de Westport, dans le Missouri, l’expédition se serait néanmoins mal passée. Selon les uns, tous les passagers, victimes du mal de mer, sautèrent par-dessus bord. Selon les autres, un accident réduisit le véhicule en miettes...

Au moment d’écrire le scénario du (Le) Chariot à Voile, Charles A. Nichols et Lance Nolley décident de reprendre les principaux éléments de la légende : le capitaine excentrique, le gigantesque chariot tracté par une voile, les notables de la ville obligés d’abandonner le vaisseau en marche... Ils font en outre le choix de densifier l’histoire en ajoutant des protagonistes. Parmi eux, ils créent notamment le personnage du maire, Monsieur Homer.

Ultime réalisation de Charles A. Nichols, Le Chariot à Voile est l’un des derniers courts-métrages produits par les studios Disney. Il se distingue alors de la majorité des œuvres précédentes par son style typique de l’époque. Au cours des années 1950 et 1960, la mode est en effet au minimalisme, un choix largement impulsé par les studios UPA avec des productions comme Gerald McBoing Boing et Mr. Magoo. Appréciée du public et surtout beaucoup moins onéreuse, cette animation limitée a dès lors pris le pas sur les animations complexes et les décors fourmillant de détails à présent jugés d’un autre temps. Bien qu’il déteste ce style, Walt Disney n’a lui-même pas eu d’autre choix que de prendre ce virage. Bien avant la fin de la réalisation de La Belle au Bois Dormant, dernier long-métrage produit avec la technique ancienne, il l’utilise ainsi pour créer des cartoons comme Adventures in Music : Melody. Il s’en sert aussi à la télévision. Le style minimaliste est également utilisé lors de la conception des (Les) 101 Dalmatiens.

Reprenant ce style plus simple, les personnages du (Le) Chariot à Voile sont conçus par Ernest Nordli. Né à Salt Lake City le 15 juin 1912, l’artiste étudie à la Santa Barbara School of the Arts avant d’être engagé par Disney en 1936. Il sert alors comme directeur artistique et artiste de layout sur des films comme Fantasia et Dumbo. Travaillant également sur plusieurs cartoons avec Donald, il quitte un temps les studios au milieu des années 1950 et débute une collaboration avec Chuck Jones. Nordli signe cependant rapidement son retour chez Disney. Il œuvre ainsi sur La Belle au Bois Dormant et Les 101 Dalmatiens, participant à définir le style si particulier de ce dernier film. Dans les années 1960, Ernest Nordli passe chez Hanna-Barbera et planche sur The Alvin Show, Yogi l’Ours ou bien encore The Man From Button Willow. Il décède le 22 avril 1968 à l’âge de cinquante-cinq ans.


Recherches graphiques du Maire Homer

Sous la mine d’Ernest Nordli, Monsieur Homer apparaît sous les traits d’un petit bonhomme rondouillard. Le crâne dégarni, il possède un visage rond orné d’une épaisse moustache rousse remontant jusqu’aux tempes. Coiffé d’un haut-de-forme, il porte un costume trois pièces élégant agrémenté de jolis boutons de manchettes et d’une chaine en or. Nommé J. J. Crum en version originale, il s’appelle Monsieur Homer en français, un patronyme choisi pour la rime avec le mot « Maire » et la réplique « Seul le maire, Monsieur Homer, osa se jeter à la mer ».

Ernest Nordli
Julius Svendsen
Art Stevens

Les crédits du court-métrage indiquent que son animation est assurée par Julius Svendsen et Art Stevens. Originaire de Norvège où il voit le jour en 1919, le premier entre chez Disney en 1940. Engagé dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, il participe alors à la création de plusieurs courts-métrages : Adventures in Music : Melody, Les Instruments de Musique, Donald Visite le Grand Canyon. Associé à la production des émissions Man and the Moon, Mars et Au-Delà et À la Conquête de l'Espace réalisées par Ward Kimball, il travaille aussi sur quelques longs-métrages, Les 101 Dalmatiens, Les Aristochats, L’Apprentie Sorcière ainsi que Robin des Bois et Les Aventures de Winnie l’Ourson pour lesquels il sert comme scénariste. Également auteur de bandes dessinées, Julius Svendsen disparaît en août 1971.

Art Stevens naît quant à lui le 1er mai 1915 à Roy, dans le Montana. Commençant chez Disney en 1939 en tant qu'intervalliste sur Fantasia, il participe à la plupart des longs-métrages des studios, en particulier Peter Pan pour lequel il est promu animateur du personnage principal. En 1977, il coréalise Les Aventures de Bernard et Bianca aux côtés de Wolfgang Reitherman et John Lounsbery. Animateur d'Evinrude, il supervise ensuite Rox et Rouky et Taram et le Chaudron Magique. Il quitte les studios Disney en 1983, avant la fin de production de ce dernier film. Il décède le 22 mai 2007.

Les Voix de Monsieur Homer

En version originale, le rôle de Monsieur Homer est tenu par J. Pat O’Malley. Né le 15 mars 1904 à Burnley, dans le Lancashire, l’acteur aux origines irlandaises débute sa carrière dès le début des années 1920 en apparaissant sur scène en tant que chanteur dans l’orchestre de Jack Hylton. Après avoir enregistré des centaines de chansons populaires parmi lesquelles le tube Amy, Wonderful Amy, il se lance en solo dès 1935, année durant laquelle il se rend aux États-Unis. Il débute alors au cinéma dans Capitaine Casse-Cou puis joue dans des films comme Fidèle Lassie, Témoin à Charge, Les Feux de l’Été, The Cabinet of Caligari, Hello, Dolly! ou bien encore Cheaper to Keep Her. À l’affiche d’Après Lui, le Déluge et des séries The Adventures of Spin and Marty et Le Renard des Marais produits par les studios Disney, il prête en outre sa voix à des dizaines de personnages comme Cyril Trottegalop, Tweedle Dee et Tweedle Dum, le Morse et le Charpentier, Colonel et Jasper, le Colonel Hathi et Corniaud. J. Pat O’Malley décède le 27 février 1985 à l’âge de quatre-vingts ans.


J. Pat O'Malley

L’interprète de Monsieur Homer en version française n’est pas connu...

Caricature de ces édiles autoritaires mais peu téméraires, Monsieur Homer fait partie de ces personnages typiques des cartoons produits dans les années 1960.

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