Prés de cinquante cinq ans avant que Disney et MGM
ne s'associent à Walt Disney World, en Floride, pour créer le parc à thèmes,
Disney-MGM Studios, Walt
Disney et la Metro-Goldwyn-Mayer travaillent déjà ensemble dans un fort
curieux et tout aussi obscur projet. Pendant l'âge d'or d'Hollywood, Mickey
Mouse est, en effet, l'une des vedettes d'un long-métrage estampillé MGM !
Il partage ainsi la vedette avec des étoiles du cinéma traditionnel tels
Jimmy Durante, Laurel et Hardy ou les trois Stooges.
MGM demande donc à Walt Disney de créer une séquence animée pour son film, Hollywood Party, sorti en 1934. Si ce n'est pas la première
fois que le Maître de l'animation en devenir réalise des œuvres sur
commande pour un autre studio, c'est la seule, en revanche, où Mickey est
ainsi "prêté" à un label extérieur. Les aventures de
Roger Rabbit ne peut pas, en effet, être considéré comme un prêt puisque
Touchstone est partie intégrante de la Walt Disney Company. Disney a ainsi
déjà travaillé sur deux autres films (My Lips Betray,
Entrée de service)
pour la Fox. Le premier qui comporte une séquence futuriste où apparait
un extrait du cartoon de Mickey, Ye Olden Days,
sort le 4 novembre 1933 tandis que le second est présenté après Hollywood Party, le 16 septembre 1934. Le studio Disney s'y occupe d'une scène de
cauchemars où des ustensiles de cuisine prennent vie.

Hollywood Party est un film "revue", genre très populaire
alors. Il est constitué essentiellement d'une succession de chansons, danses
et scènes comiques, mises bout à bout et reliées par un scénario
pratiquement inexistant. Au centre du récit se trouve ainsi le comédien
Jimmy Durante, chanceux organisateur d'une fête dont la liste d'invités est
impressionnante de stars. Si des noms comme Jack Pearl, Polly Moran ou June
Clyde ne disent plus rien aujourd'hui à bon nombre de spectateurs, les
visages de Jimmy Durante, Stan Laurel, Oliver Hardy et des trois Stooges
sont au contraire familiers de tous.
Le long-métrage estampillé MGM est assurément, à l'époque, unique en son
genre ! Il se démarque, en effet,
aussi bien pour son utilisation du personnage de Mickey que pour son intrusion
d'une séquence toon dans un film live, dont l'histoire et le style lorgnent
sans complexe ici, du coté des Silly Symphonies et là, des
Alice Comedies.
La scène en question est à l'évidence du pur divertissement disneyen des
années 30.
Mickey apparaît ainsi au milieu du film lorsqu'une invitée apeurée s'écrie :
"Une souris ! Une souris !". Jimmy Durante se porte à son secours et se
retrouve, à sa grande surprise, devant
le plus célèbre des rongeurs. Le fameux ambassadeur de Disney conserve d'ailleurs la taille d'une
petite souris comparée à l'assemblée
humaine. De même, il a son apparence de la période noir et blanc, typique du
début des années 30. Taquin, il se moque avec délice de son hôte en
déformant son nez pour l'imiter. Jimmy Durante vexé le provoque en duel ce
que Mickey accepte en lui assenant un coup de poing... Justement sur le nez
!
Cette séquence d'interactions d'un personnage toon avec un acteur en chair
et en os jouit d'une parfaite maîtrise technique. Walt Disney reprend là, en
les améliorant, ses habitudes prises dans la série des
Alice Comedies
du milieu des années 20. Le combat entre Jimmy Durante et Mickey est
d'ailleurs l'occasion pour la célèbre souris de gagner les faveurs du public
qui en redemande encore et toujours. Un piano apparaît et l'ambassadeur de
Disney présente alors une séquence digne des Silly Symphonies.

Le film passe, à cette occasion, du noir et blanc à la couleur, et propose
le cartoon The Hot Choc-Late Soldiers. Pour le moins loufoque,
ce court-métrage, inséré dans le long, apparaît à bien des égards belliqueux. Il
présente, en effet, des soldats en chocolats qui partent en guerre au pays des
pâtisseries pour combattre des hommes en pains d'épices. En déroute, le camp
du chocolat a alors la brillante idée d'utiliser la technique militaire du
cheval de Troie pour investir la place forte du pays des pâtisseries et
faire prisonnier les hommes de pains d'épice. Emportant la victoire grâce au
stratagème employé, il rentre triomphant au pays, bien qu'estropié. Le
défilé est éminemment étrange tant la violence visuelle est grande avec son
lot de blessés soignés par des objets sucrés à l'exemple d'une jambe
remplacée par une sucette. The Hot Choc-Late Soldiers lorgne
assurément du coté du cartoon des
Silly Symphonies, Cookie Carnival,
sorti en 1935. Mais, si ce dernier avait une fin heureuse digne de la
réputation des productions de Walt Disney, son alter ego se termine lui par
un humour morbide (le soleil, au sourire malicieux, se met en effet à
chauffer plus que d'habitude pour faire fondre l'armée en chocolat),
inconcevable pour le studio de Mickey.
Hollywood Party est l'une des rares et dernières missions de Walt
Disney pour un concurrent. Le Maître en devenir se concentre, en effet, bien
vite sur son idée de long-métrage d'animation, réalisé entièrement en
interne. Si ses participations pour la Fox et la MGM ne doivent pas être
reniées ou minimisées, elles présentent néanmoins le désavantage de ne pas
appartenir à la Walt Disney Company. Cette situation est grandement
préjudiciable car les deux studios impliqués semblent faire peu de cas de
ces œuvres. Ils ne manifestent à l'évidence pas grand intérêt pour les
sortir de l'oubli dans lequel ils les ont délibérément placées.
Hollywood Party n'a eu droit ainsi qu'à une brève sortie en VHS de
location en 1992. Entrée de service n'a pas eu cette chance.
Quant à My Lips Betray, seule une copie partielle, sauvegardée
dans l'enceinte des archives de l'Université de Californie de Los Angeles, a
survécu.

Hollywood Party est, donc, assurément un film remarquable à plus d'un titre. Non pour sa qualité
intrinsèque, assez pauvre en fait, mais pour sa place tout à fait particulière
dans la filmographie de Disney.
C'est d'abord la seule œuvre, respectueuse du style disneyen si particulier,
réalisée par le studio aux grandes oreilles pour un concurrent. Entrée
de service comporte, en effet, une simple séquence anodine où
la patte de Walt Disney est quasi invisible, tandis que My
Lips Betray ne fait que reprendre un cartoon déjà produit par Disney.
C'est ensuite, bien avant
Fantasia, le premier long-métrage de
Mickey, et - excusez du peu ! - avant
Blanche Neige et les sept nains, le
premier film sur lequel Walt Disney a travaillé.
C'est enfin, aussi, la seule séquence signée du papa de Mickey, The Hot
Choc-Late Soldiers, à faire preuve d'un cynisme violent.
Hollywood Party est une œuvre qui n'a pas finit d'étonner tous les fans de Walt
Disney.